Nous sommes de simples instruments, qu’on le veuille ou non, par Paul-Raymond du Lac

Le bon Dieu dans sa charité nous a fait à son image et nous sommes donc dotés d’une intelligence et d’une volonté, autrement dit nous sommes libres de faire le bien à la lumière de l’intelligence qui nous indique la vérité à contempler, le bien à faire, vers lequel tendre. Nous sommes en bref libres. Et libres de faire le mal, pour notre malheur, puisque le mal nous auto-détruit, et détruit la communauté et les autres. Même la nature créée par Dieu.
Notre nature blessée par le péché originel, ce premier péché de malice qui n’a aucune excuse — puisqu’Adam dans création a été dotée de tous les biens, et rien n’était désordonné en lui, ni ses passions, ni son intelligence, ni sa conscience ; il savait parfaitement ce qu’il voulait quand il a trahi le bon Dieu. Comme heureusement le bon cœur nous a doté d’un corps faible, et d’un mode d’intelligence analytique, d’une raison discursive, qui ne peut pas ne pas procéder par étape — l’inverse de la connaissance angélique intuitive qui saisit directement la vérité et y adhère sans possibilité de retour — l’homme, quoique connaissant intellectuellement les conséquences, ne les réalise pas encore et peut se repentir… Si Dieu daigne retenir son bras vengeur, ce qu’il a fait dans sa grande miséricorde — et c’est pour cela que nous sommes là, car sinon nous n’aurions même pas pu naître. Adam et Êve méritaient la mort immédiate et éternelle mais le bon Dieu, si miséricordieux, leur a donné un sursis, puis la possibilité de se sauver à travers l’œuvre ineffable et vraiment divine, incompréhensible pour les hommes, de l’incarnation de son fils Jésus comme un homme-Dieu, pour satisfaire la justice divine, et restaurer l’homme dans l’amitié avec Dieu, à travers sa médiation et sa vie, la vie de la grâce. Grâce par définition gratuite, donnée, sans contreparties… Mais nous sommes toujours de sales gosses qui se rebiffent à tout bout de champs…
Notre liberté pourtant ne sort jamais de la Providence divine, qui sait tout, nous connaît mieux que nous même, et sait bien à l’avance comment nous allons agir et réagir. Dieu veut ensuite pour sa plus grande gloire le salut du plus grand nombre, et ici notre entendement ne peut que se courber devant les voies divines, souvent insaisissables à vue humaine. Il est néanmoins possible de relever certains traits qui, sans permettre de vraiment comprendre, aident à saisir le grand dessein, et de conserver les bons principes.
Nous sommes ainsi tous des instruments du bon Dieu, fidèles comme infidèles, bons comme méchants. L’enfer est en cela une grande manifestation de la gloire divine en exaltant sa justice suprême : ne voulant pas forcer l’amour des hommes pour lui, ce qui serait aporétique, ce qui tuerait en tant que tel ce qu’est l’amour-charité, celui que le Christ nous manifeste sur la Croix et qu’il a annoncé : il n’y a de plus grand amour que celui qui accepte de sacrifier sa vie pour l’être aimé. Et on ne force pas le sacrifice personnel, sinon il n’est plus un sacrifice chrétien, mais un sacrifice à la païenne, qui prend le bouc-émissaire, le sacrifie et en fait ensuite une divinité quelconque ou, ce qui revient au même en miroir, le voue aux gémonies perpétuelles de l’opprobre social.
Nous sommes ainsi tous des instruments, et le bon Dieu usent de tous, à commencer par les méchants, les pervers, les vicieux, pour un plus grand bien, pour sa plus grande gloire, comme dit l’Apôtre, là où le péché abonde la grâce surabonde.
Tout l’Ancien Testament déjà en témoigne, et Isaïe plus particulièrement l’énonce ainsi :
« Malheur à Assur, verge de ma colère ! Le bâton qui est dans sa main est l’instrument de ma fureur ; je l’envoie contre une nation impie, je lui donne mes ordres contre le peuple de mon courroux, pour le mettre au pillage et faire du butin, et le fouler au pied comme la boue des rues. » (Isaïe, 10)
Dieu use souvent de puissants conquérants ou tyrans potentiels pour être le vecteur de sa justice envers son peuple qui se montre infidèle, pour le bien de ses sujets, et l’édification des gentils. Ainsi, Assur n’est que la verge de la colère de Dieu !
Ce fait ne contredit la liberté humaine, et Isaïe l’expose tout à fait bien dans la suite de ce passage :
« Mais lui, ce n’est pas ainsi qu’il l’entend, et telle n’est pas la pensée de son cœur ; car il ne songe qu’à détruire, et à exterminer des nations, non en petit nombre.
Il dit : « Mes princes ne sont-ils pas tous des rois ? N’en a-t-il pas été de Calno comme de Carchémis, et de Hamath comme d’Arphad, et de Samarie comme de Damas ? Comme ma main a atteint les royaumes des divinités impuissantes, dont les idoles l’emportaient sur celles de Jérusalem et de Samarie ; comme j’ai fait à Samarie et à ses dieux, ne ferai-je pas de même à Jérusalem et à ses images ? » »
Assur, en clair, est grisé par le pouvoir et croit que sa puissance ne vient que de lui, en oubliant qu’elle vient de Dieu et pour la tâche qu’il lui a assigné. La description psychologique de celui qui oublie Dieu est fine et frappante : nous sommes tous plus ou moins comme Assur, que ce soit de la vaine gloire, ou que ce soit des péchés bien plus graves qui oublient Dieu et s’arrogent les dons et se font la cause réelle de faits et situations, qui, quand on y regarde près, ne doivent qu’une part faible à notre coopération et action personnelle. D’ailleurs, ces « puissants » voient toujours la roue de la fortune tourner, pour bien signifier la puissance de Dieu, et qu’une fois leur mission, acceptée ou non, est terminée, c’est terminé. Isaïe l’explique ainsi :
« Mais il arrivera : Quand le Seigneur aura accompli toute son œuvre, sur la montagne de Sion et à Jérusalem : « Je visiterai le fruit du cœur hautain du roi d’Assyrie, et l’arrogance de ses regards altiers. »
Car il a dit : « Par la force de ma main j’ai fait cela, et par ma sagesse, car je suis intelligent ! J’ai déplacé les bornes des peuples, j’ai pillé leurs trésors, et, comme un héros, j’ai renversé du trône ceux qui y étaient assis. Ma main a saisi, comme un nid, les richesses des peuples, et, comme on ramasse des œufs abandonnés, j’ai ramassé toute la terre, sans que nul ait remué l’aile, ouvert le bec ou poussé un cri ! » —
La hache se glorifie-t-elle contre la main qui la brandit, la scie s’élève-t’elle contre celui qui la meut ? Comme si la verge faisait mouvoir celui qui la lève, comme si le bâton soulevait ce qui n’est pas du bois !
C’est pourquoi le Seigneur Yahweh des armées, enverra le dépérissement sur ses robustes guerriers et sous sa magnificence s’embrasera un feu, comme le feu d’un incendie. » (Isaïe, 10)
Retenons bien la leçon de ces deux derniers paragraphes : nous ne sommes que des instruments, que l’on soit une hache, un trombone, ou un missile nucléaire : s’auto-proclamer le véritable auteur de ses actes, c’est l’orgueil par excellence ! Et Dieu punit sévèrement les orgueilleux.
« La lumière d’Israël sera un feu, et son Saint, une flamme, qui consumera et dévorera ses épines et ses ronces, en un seul jour. Et la gloire de sa forêt et de son verger, il l’anéantira de l’âme au corps ; ce sera comme un malade[91] qui meurt de consomption. Le reste des arbres de sa forêt pourra être compté ; un enfant les inscrirait. » (Isaïe, 10)
Soit nous nous convertissons soit nous mourrons. La lumière de la vérité et la sainteté de notre Sauveur, par la flamme de sa grâce, nous consume de l’intérieur pour dévaster le vieil homme, anéantir nos vices et nos nœuds, pour détruire le malade qui est en nous, pour parvenir à une simplicité de cœur tels que ces enfants de l’évangile, sans le cœur desquels on peut atteindre la vie béatifique.
Cela est dit, alors convertissons-nous et nous verrons Dieu, et nous serons restaurés dans son amitié.
Et sachons que les méchants, à leur corps défendant, font aussi la volonté de Dieu.
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul-Raymond du Lac
