Un mauvais accord vaut mieux qu’un bon procès, par Antoine Michel

« Un mauvais accord vaut mieux qu’un bon procès. »
Cet adage, que je ne connaissais pas avant peu, semble connu dans le monde des affaires. L’idée est simple et de bon sens : plutôt que de risquer que la puissance publique se mêle de ses affaires, même si le droit est de son côté, et de risquer des atteintes à la notoriété ou à la réputation, mieux vaut « avaler une couleuvre » et accepter un accord, même s’il n’est pas avantageux.
C’est un peu, dans un autre genre, la politique du dos rond.
D’un autre point de vue, nous pourrions être scandalisés de cet adage : justice doit être faite quoiqu’il en coûte ! Ce qui est mauvais est mauvais et ce qui est bon est bon. Un mauvais accord ne saurait jamais primer sur un bon procès, puisque ce dernier est non seulement bon, mais juste !
Pourtant, dans la réalité, les choses ne sont pas si simples, surtout dans cette matière prudentielle. Le bon procès peut vite se révéler mauvais, d’autant plus dans des institutions révolutionnaires tordues, se fondant sur de mauvais principes, qui est loin de trouver ses racines dans la véritable justice chrétienne des anciens rois…
Même sous l’Ancien Régime, tout bon procès qu’il pouvait être, cela est une question de mesure : faire des procès pour des bagatelles, mêmes légitimes, est au fond souvent injuste, et un manque de charité, voire même une certaine tendance anti-sociale. La justice des procès devrait être le dernier recours, comme la guerre est le dernier recours de la diplomatie quand celle-ci est juste, et que tous les autres moyens ont été épuisés.
Sous l’Ancien Régime, et encore dans de nombreuses juridictions, on incitait toujours les parties, quand il s’agissait du civile du moins, à tenter une conciliation, pour conserver au mieux la paix civile.
Evidemment tout cela suppose des institutions justes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui… Et la conséquence est là : combien d’associations, de groupes de pression et autres font des procès à leurs ennemis politiques de façon très injustes et gagnants à la fin ? Nous pourrions citer à loisirs les cas d’accusation pour « des expressions malheureuses », accusations se fondant sur des lois liberticides et idéologiques.
L’autre extrême, comme dans l’ancien Japon, est l’évitement dans tous les cas de la voie légale, car la légalité étant la dictature on ne sait jamais si ce despote en place n’en profitera pas pour vexer tous les parties – pire, c’était la loi de l’ancien Japon, celle que tous les partis ont a priori torts et doivent payer… de leur vie.
Revenons au niveau de la souveraineté étatique : souvent un mauvais accord vaut mieux qu’une guerre juste. Souvent ne veut certes pas dire toujours. Pensons par exemple à la guerre en Ukraine : quoique le débat reste ouvert, le déclenchement de l’intervention à ses débuts semblait cocher toutes les cases de la guerre juste du côté de la Russie. Malgré cette justice, cette guerre et ses conséquences manifestent que c’était une mauvaise décision…
La justice ne s’exerce pas sans la paix et la charité.
Si nous revenons au niveau individuel, on ne saurait se faire justice soi-même, mais l’on peut rendre à chacun ce qui lui est dû, dans la limite de ses prérogatives, et tant l’intérêt naturel et rationnel force à reconnaître la justesse de cet adage, que l’esprit de sacrifice chrétien, de savoir parfois sacrifier ses intérêts pour la gloire de Dieu !
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Antoine Michel
