Editoriaux

Souvenirs du Maroc

Durant un déplacement au Maroc, il y a plus de deux ans maintenant, je fus assez surpris à mon arrivée à Casablanca, le 3 avril 2009, de voir cette ville, d’habitude si dynamique et même assez bruyante, plongée dans une sorte de sommeil profond. Un passant m’expliqua alors que le Maroc préparait le dixième anniversaire de la disparition du roi Hassan II.

Je ne vous cache pas que je m’expliquais difficilement comment un souverain, tant décrié dans notre pays, transportait dix ans après son décès toute une population vers ce besoin de souvenir et de reconnaissance. Je voulais en savoir plus et questionnais donc au fil de mes rencontres la population. Une remarque m’interpella particulièrement sur la décision d’Hassan II de construire plusieurs dizaines de barrages hydrauliques.

Et, effectivement, durant son règne, Hassan II prit une décision capitale : la construction de 30 barrages hydrauliques. Oui, 30 barrages hydrauliques !

« Une véritable folie, disait-on à l’époque. Il va ruiner le Maroc. C’est un mégalo. Il ne pense pas à son peuple ».

Hassan II, lui, avait bien compris l’impératif d’un développement économique par le moyen d’infrastructures. Il voulait mettre en valeur les quelques richesses propres au pays.

Il voulait, pour compenser le handicap en gaz et en pétrole, au contraire de ses voisins, atteindre l’autosuffisance en eau et donc ainsi développer massivement l’agriculture.

Et ce gigantesque chantier de plus de deux décennies transforma totalement le Maroc.

Certes, du temps fut nécessaire pour que l’agriculture se développe et produise des produits agricoles abordables même pour les plus démunis.

Certes, il fallait aussi du temps pour que le Maroc puisse exporter massivement ses excédents agricoles, notamment en Europe.

Certes, il a fallu du temps pour que le Maroc soit autosuffisant en eau.

Mais du temps, Hassan II en avait et en disposait, grâce aux institutions du pays.

Oh, bien sûr, tout n’est pas parfait. Mais regardons bien le Maroc et ses réalisations qui en font aujourd’hui le pays le mieux armé du Maghreb pour faire face aux défis de demain ; ce Maroc, pourtant beaucoup moins gâté en richesses naturelles que ses voisins.

Je compris alors que le roi Hassan II avait en réalité été critiqué notamment dans notre pays, non pas pour ses défauts mais pour ses qualités, qualités révélées, qualités illustrées grâce aux institutions marocaines qui permettent au chef de l’État, donc au roi, de penser au bien commun et à la prochaine génération plutôt qu’à la prochaine élection, comme cela est le cas chez nous.

De nos jours, nous ne pouvons que constater et déplorer les problèmes que rencontre notre pays, la France, lesquels ne pourront être réglés avec nos vieilles recettes et nos vieilles institutions républicaines qui mettent en dichotomie totale le temps politique et le temps économique. Et l’honnêteté intellectuelle me conduit à reconnaître que le problème de fond est bel et bien la question institutionnelle et pas forcément un problème de personnel politique.

 

Dominique HAMEL
Directeur de publication de Vexilla Galliae

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