Histoire

[Saga Autarcie] Article 14 – Mise en parallèle et Contraste en Restauration Meiji et Révolution Française

L’étude suivante se compose de 18 articles se suivant, à paraître à rythme hedomadaire. Articles précédents

Article 1 de la saga: L’autarcie au Japon ou le Sakoku 鎖国, première approche

Article 2 de la saga:  Les origines de l’autarcie nipponne

Article 3 de la saga:  Les origines du mot  d’ « autarcie » au Japon

Article 4 de la saga : Autarcie, question de point de vue

Article 5 de la saga : L’autarcie, politique pratique pour la protection du pays, tout simplement

Article 6 de la saga : De l’autarcie à l’ouverture du pays – toujours pour la protection du pays et pour le service du divin

Article 7 de la saga : L’influence de la pensée autarcique en Europe : Fichte contre la pensée kantienne

Article 8 de la saga :  Chauvinisme et pensée du Joi à la fin de l’ère Edo

Article 9 de la saga :  L’autarcie comme prolongement du chauvinisme légitimiste, réflexion sur la souveraineté

Article 10 de la saga :  Au centre et à la source, le Roi, autarcie et chauvinisme n’étant que des politiques pratiques.

Article 11 de la saga : La pression extérieure et la non-évidence de l’ouverture du pays : la signature des traités

Article 12 de la saga : L’union autour du Roi au-delà des dissensions superficielles : de l’idée chauvine purement défensive à l’idée chauvine de défense par l’expansion

Article 13 de la saga : Le chauvinisme, le vrai, comme amour de son pays, comme sentiment sain et nécessaire

Il arrive souvent de vouloir comparer révolution française et restauration Meiji, et les thèses classiques tentent d’y voir une commune nature, en imputant à la restauration une logique révolutionnaire, dont les thèses marxistes en font la révolution bourgeoise de leur théorie. De telles visions ne fonctionnent pourtant pas du tout, et il serait plus exact d’affirmer que la Restauration de Meiji, comme son nom l’indique, est une contre-révolution intégrale dans son essence et sa nature, même s’il est possible de trouver des tendances au changement ou aux nouveautés, du fait de l’ère du temps, mais sans remettre en cause la nature profondément traditionnelle qui commanda aux évènements :

 « Quand justement on cherche à voire la grande révolution française et la restauration de Meiji comme des choses analogues, on pourra peut-être avoir envie de penser que la pensée individualiste qui provoqua la grande révolution française, aura aussi été à l’origine de la restauration de Meiji. Nous nous proposons ici d’étudier l’arrière-plan intellectuel qui présida à la chute du Bakufu, et nous verrons que cet arrière-plan n’a rien à voir avec celui qui existait pendant la grande révolution française.  »[1]

La longue période de paix et d’autarcie ne fut pas gaspillée et laissée au règne du laxisme et de la décadence, mais fut un temps d’étude, de retour sur soi-même, d’approfondissement des connaissances du passé et de restauration déjà active :

« La restauration des études confucianiste dans le clan de Mito, ainsi que leur travail de révision historique qui faisait comme de précurseur des études sur la légitimité via les recherches sur les classiques, ne se trouvent pas sans liens avec le fait que Mito fut le berceau des thèses jôi. Les recherches sur les classiques et la théorie de l’autarcie fonctionnent comme des vases communicants. Comme si l’idée confucianiste de civilisation/barbarie avait pris toute sa force pour mieux renforcer la pensée des études nationales de vénération pour le familier, l’intérieur et de répugnance pour l’étranger. »[2]

Les évènements qui amenèrent la restauration, avec en particulier la cristallisation entre différents partis qui aboutit sur la chute du shogounat, comporte des composantes classiques de « l’esprit partisan » qui divise et crée le conflit. Il est possible de déceler, pour certains, le début de l’aggravation des dissensions intérieures à partir du moment où le gouvernement du shôgoun demande l’avis des clans sur la politique à suivre, dans une dynamique qui ressemble fort à la demande de l’avis par les cahiers de doléance avant les états généraux. Sauf qu’ici le schéma reste classique : la « démocratie » exacerbe les intérêts et/ou les avis divergents, augmentant la division, mais ni « hold-up » anticonstitutionnel, ni manipulation dans les élections, ni existence de complot. Elle était plus une division féodale classique qu’autre chose, mais cela souligne néanmoins le facteur déstabilisant qui existe dans la discussion ouverte « démocratique » par un pouvoir dans une position de faiblesse :

 « La génération suivante verra dans cette consultation [des clans par le bakufu] sur la politique extérieure à suivre le point de départ qui causa la chute du Bakufu, ouvrant en effet la voie aux différents Seigneurs de discuter et contester le Bakufu, ce qui causa en fin de compte la déchéance et la chute du Bakufu. »[3]

Autre grande différence, tout le monde était pourtant quasiment d’accord dans cette consultation :

« La majorité des avis des clans était amplie de la volonté de combattre immédiatement les grands navires, portée par la croyance que les vents divins, les kamikaze, les protégerait, comme le montre par exemple en plein la réponse du clan de Chôshû. »[4]

Et les avis ne divergeaient que dans les modalités pratiques, pas sur le fond chauvin commun à tous :

 « Si la majeure partie des avis se concentraient sur l’expulsion des étrangers, une minorité exprimait qu’en cas d’extrême nécessité, tout en gardant l’autarcie chauvine comme idéal, il ne serait pas bon d’ouvrir directement les hostilités en refusant la proposition américaine, et qu’il vaudrait mieux adopter un temps une politique de retardement de l’ouverture des hostilités ou une politique de tolérance, le temps de se préparer militairement au combat. »[5]

Nous retrouvons d’ailleurs les arguments classiques défensifs et moraux sur le danger du commerce avec l’Occident :

« La justification de l’autarcie trouve son argument fondamental dans le fait que le commerce occidental n’est en rien bienveillant ni porteur de paix, mais au contraire agressif et intrusif. On pointe que la raison de cela se trouve se trouve avant tout dans l’avidité démesurée de l’occidental. »[6]

Le lien peut ainsi se faire avec une pensée traditionnelle européenne, le mercantilisme, dont, outre l’aspect de conserver la puissance, vise aussi le bien, et conditionne le commerce au bien, analogie qui serait intéressante de creuser :

« Ces pensées ne sont pas l’apanage exclusif de notre autarcie nationale, mais se retrouve certainement, comme nous le verrons, au sein de l’histoire économique et pourrait se classer comme un type de mercantilisme. »[7]

Enfin, cette crise fut aussi surtout l’occasion au Japon de prendre conscience du royaume entier comme « pays national » uni, dont l’existence se révèle face aux pressions extérieures :

« Pour le dire autrement nous comprenons que ce débat autour des moyens de réaliser cette politique permit de prendre conscience du danger qui menaçait le Japon. Avant l’an 6 de Kanaga (1853), la plupart des écrits des écrits d’économie politique, si l’on exclut une infime minorité, ne prend comme sujet que la province. Le déferlement d’impérialisme qui submerge l’Est [depuis 1853 et encore aujourd’hui en 1925] permit de faire prendre conscience du Japon en tant que Pays et les propositions et le débats sur la politique de prospérité et de renforcement militaire ne se limitait plus à l’échelle d’une province en particulier, mais visait la nation entière. »[8]

[1] Zenichi INOTANI, Fin de l’autarcie et son arrière-plan intellectuel (鎖国の崩壊と其思想的背景), Tôkyô, Université de Hitotsubashi, Shôgaku Kenkyû n°5 (2), 1925, p.590 « 真に其形式に於いて仏蘭西大革命と明治維新の吻合するを見るべく、人をして仏蘭西大革命に於ける如き個人主義思想の発達が徳川幕府を崩壊し明治維新を発生したりと思はしむるであろう。余は本論分に於いて徳川幕府崩壊の思想的背景を尋ね、仏蘭西大革命に於けると其軌を一にせざるを論ずる。 »

[2] Ibid, « 水戸藩に於ける儒教の再興、修史の事業は全国に於ける古典研究大義名分説の先駆であった如く攘夷説の生地となったのは其故なしとしない。古典研究と鎖国論は一脈の相通ずるものがあるのである。蓋し儒教は華夷の差別を力説し国学は尊内卑外の思想を有するからである。 »

[3] Ibid, p.604 Abe Masahiro Fukuyama Banshu« 後人此対外意見諮問を以って幕政崩壊端緒となし是よりして諸大名は幕府に向いて議論するの途を得て是非を事とし対に其衰亡の原因をなしたりとなすのである。 »

[4] Ibid, p.605 « 多数の答書中神風忽ちに巨艦を覆すの迷信を信じ此一点を高調して建白を填むるもの例へば長州藩の如きあり[…] »

[5] p.606-607 « 議論の始終を攘夷に置く多数説に対して小数説は究極に於いて鎖国攘夷を理想とするが其手段として米国要求を拒絶し開戦に移るを好まず、決闘を延期し或いは寛宥を以って取扱ひ其間に軍備を整へんとするのである。 »

[6] Ibid, p.614 « 其鎖国論の経済的根拠は第一に西洋の貿易は平和的に非ずして侵略的也とするにある。其理由の第一は洋人の貪欲なるを指摘するにある。 »

[7] Ibid, p.615 « 此等の思想は必ずしも鎖国論者特有のものに非ず、我等が経済学史にて読む所のマーカンチリズムの一種に当たる事後段これを説くであろう。 »

[8] Ibid, p.639 « 換言すれば統一体としての日本の安危を意識しその対策としての手段を討論する所の論争たる事を知るのである。嘉永六年以前に出でたる多数の政治経済書は少数なる例外を除き其対策の対象は一藩の地方経済に過ぎなかった。今や帝国主義の東漸は国家としての日本を自覚せしめ其富強策として地方経済政策に非ずして国民経済政策を討議でしめたのである。 »

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