L’avortement, au fond, c’est normal !

L’avortement, au fond, c’est normal… J’allais dire naturel, pour être plus provocateur encore, mais non, rassurez-vous, je suis bien conscient de l’essence contre-nature de l’avortement.

Je cherche ici à souligner un aspect largement ignoré par nos camarades luttant pour la vie. En effet, ils combattent sur un plan essentiellement naturel sans oser aller sur le terrain de la foi : si l’infanticide est contre-nature, à n’en pas douter, c’est-à-dire enfreignant la loi naturelle, il n’est pas anormal quand on regarde l’histoire des hommes. C’est même l’inverse que l’on constate dans l’histoire. À l’exclusion des pays catholiques, l’infanticide, l’avortement — en bref le fait de ne pas considérer les bébés, ni les enfants en bas-âge comme des hommes — est un fait universel lié à la blessure de l’homme corrompu par le péché originel.

Nous savons bien que, chez les Romains, l’enfant pouvait être exposé, et l’était par le père. On sait ce qui se passait pour les enfants handicapés ou malformés à Athènes ou simplement jugés trop chétifs à Sparte, on sait aussi par l’ethnologie et l’anthropologie ce qui se passe dans tous les peuples dits « primitifs », et aussi dans toutes les grandes civilisations qui admettent les pratiques abortives.

Regardons le petit travail de synthèse de Sébastien Evrard, Histoire du droit pénal, qui compile les grandes caractéristiques du droit pénal des grandes civilisations. L’infanticide n’est jamais pénalisé, si ce n’est par une amende chez les Francs sommairement christianisés. Seul le droit pleinement catholique pénalise de façon importante l’infanticide. D’ailleurs, cette protection des enfants se trouve dans le plus vieux manuscrit catholique que nous connaissons : le Didaché (fin Ier siècle-début IIe siècle), qui comprend déjà des articles interdisant aux femmes d’abandonner leurs enfants et d’avorter.

Ainsi, il est un fait que toutes les civilisations non catholiques connaissent comme une normalité l’infanticide sous toutes ses formes ; il n’y a que des différences secondaires et de degrés mais rien dans le principe. Au mieux (et c’est rare), c’est en théorie mal vu — car c’est contre-nature — mais, en pratique, chacun fait ce qu’il veut de ses enfants.

Au cours de l’histoire, seule la foi catholique attaqua de front ce crime contre-nature et réussit à le pénaliser juridiquement, à le combattre, à le remettre à sa place et à le limiter à une portion congrue d’irréductibles criminels qui enfreignent la loi et n’ont pas peur de la répression.

Ainsi, l’avortement autorisé et généralisé n’est qu’un retour au paganisme soumis au péché et au démon, sans l’action de la grâce. En ce sens, nous pouvons confirmer l’importance de ce combat, qui effectivement témoigne d’un basculement de civilisation : la fin du monde chrétien et du retour au monde barbare et païen. L’histoire nous enseigne que la seule façon de résister efficacement à cette chute est le retour à la Foi, sans laquelle jamais l‘infanticide ne disparaîtra.

En pratique, cela signifie qu’il faut combattre contre l’avortement non pas avec des arguments naturels — si ce n’est comme arguments secondaires — mais sur le plan de la Foi, car, au fond, seuls le catholicisme et l’enseignement des Évangiles sauvent des enfants, pour leur vie éternelle. La loi naturelle ne suffit pas : viser la conviction des esprits ne suffit pas, il faut chercher la conversion des cœurs.

Si les âmes ont pu être convaincus dans le passé, c’est bien encore parce que la Foi travaillait profondément l’esprit et donnait à la raison une lumière qui la rehaussait : comme la lumière est éteinte nous retombons à grande vitesse dans l’obscurité, si ce n’est la superstition et l’absurdité.

Paul-Raymond du Lac

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France !


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2 réflexions sur “L’avortement, au fond, c’est normal !

  • 10 juillet 2021 à 10h42
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    Votre article est intéressant dans la mesure où il montre le caractère convenu d’une lutte contre l’avortement qui prétend se fonder sur la loi naturelle, alors que, selon Aristote, il y a bien une nature humaine, mais que ses effets sur la société ne sont pas invariables. En revanche, je ne puis vous suivre quand vous écrivez que l’infanticide et l’avortement sont normaux dans les sociétés païennes. Ce mot est ambigu car si ces actes sont conformes à la norme, il ne sont pas habituels, mais répondent à une situation exceptionnelle: pénurie ou malformation. Mais surtout, surtout, je ne peux absolument pas tomber d’accord avec vous quand vous écrivez que « l’avortement autorisé et généralisé n’est qu’un retour au paganisme ». En fait toutes les sociétés, païennes ou chrétiennes, avaient jusque-là appliqué le principe que la progéniture était l’affaire, non des individus, non des femmes seules, mais de l’Espèce, dont la famille était le lieu de transmission protégé. Avec la loi Veil, ce sont les femmes qui décident, individuellement et sans que la société y ait son mot à dire, de son avenir. Le précepte ressassé jusqu’à la nausée que les femmes sont propriétaires de leur corps, libres de décider si l’enfant qu’elles portent doit être un héritier ou un déchet hospitalier est de lourde conséquence. Il ne doit pas être rapproché inconsidérément de la décision, du « pater familias » dans les anciennes sociétés de rejeter l’enfant nouveau-né que les ressources communautaires ne permettent pas de nourrir. Là, il s’agit d’une décision personnelle, solipsiste en quelque sorte, qui n’a besoin d’aucune justification que la souveraineté de la femme. Contrairement à ce que vous écrivez, il me semble que le « droit à l’avortement » effectue une rupture anthropologique aussi bien avec le paganisme qu’avec le christianisme, peut-être même plus opposée au premier qu’au second, à cause de cette liberté illimitée donnée à l’individu et qui est impensable dans les sociétés païennes, mais fait partie de l’essence du péché pour la théologie chrétienne.

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    • 10 juillet 2021 à 17h21
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      Cher Monsieur de Meuse, je vous remercie pour votre intéressant commentaire.

      Mon article mériterait des développements plus circonstanciés afin de mieux illustrer mon propos. Vos observations sont intéressantes mais je maintiens ma thèse, que je me réserve par ailleurs de démontrer avec précision, si Dieu le veut, dans un autre lieu. L’avortement nous ramène bien fondamentalement au monde païen, c’est-à-dire au monde sans la Révélation, c’est-à-dire un monde sous la domination démoniaque, tout simplement.

      Il est clair, quand on fait de l’histoire du droit comparé des sociétés pré-modernes, mais aussi avec les résultats de l’anthropologie, que l’avortement et l’infanticide sont des choses normales dans les sociétés païennes: non seulement habituelles, au minimum, mais jamais pénalisées, et parfois encouragées comme des biens (ex: sacrifices humains). Ces infanticides ou avortements ne sont certainement dû essentiellement ni à des malformations, ni à des pénuries, c’est bien méconnaître les sociétés d’autrefois : les raisons ne changent pas fondamentalement d’aujourd’hui. C’est l’enfant qui gêne, quelle que soit la raison : liaison avec une personne mariée, ou que l’on aurait pas dû avoir, affaires politiques entre concubines, enfants indignes car issus de viols, etc, etc, etc. L’aspect pénurie ou malformation est absolument secondaire.

      Je vis moi même dans une société païenne, puisque je vis au Japon. Je sais donc de quoi je parle : en cas de pénurie, on ne tue pas l’enfant, on le vend comme esclave, en cas de malformation ou autre problème quel qu’il soit, on le réduit en esclavage aussi, mais dans sa propre parentèle (sait-on jamais, il pourra toujours constituer un atout en cas de coup dur concernant la descendance)…

      L’observation que vous faites sur l’aspect individualiste de l’avortement « contemporain » est vrai : néanmoins, il n’est pas fondamental car, en fin de compte, il s’avère de facto que la majeure partie des avortements ont lieu en raison de la pression sociale et ne sont véritablement une initiative personnelle. Il suffit d’avoir un peu d’expérience en la matière : étant moi-même de la génération avortée et avorteuse, je peux vous assurer que, dans mon entourage élargi, toutes les filles qui avortent le font par défaut, par pression ou par suggestion, encouragée en outre par l’individualisme, qui dissout responsabilité, volonté et intelligence. Nous revenons là encore à la société païenne, qui divinise la société et fait de l’ostracisme une chose pire que la mort. La société tue comme elle l’entend, mais pour le bien de ses « citoyens », évidemment (typique de ce qui se passe dans une société dite primitive) : nous le vivons aujourd’hui en direct avec la dictature sanitaire. On se vaccine pour ne pas être ostracisé : on le décide volontairement en théorie, mais, en pratique, c’est juste une justification qui n’a rien de réel. Dans les sociétés païennes, par exemple, les humains sacrifiés étaient théoriquement honorés d’être sacrifiés, et contents de l’être, comme on est content aujourd’hui de se faire vacciner ; dans les faits, on peut en douter…

      J’irais plus loin : la liberté illimitée supposée de la femme qui avorte est, au fond, tout à fait fausse, et nous fait revenir aux société totalitaires dites primitives. Les sociétés païennes civilisées étaient comme revenues de cette décadence en remettant une autorité forte, chez le pater familias par exemple : de cette façon, au moins, l’état Moloch n’avait pas de prise sur l’enfant, l’autorité sur celui-ci revenant au seul père de famille, dans le plus grand respect de la loi naturelle. Le responsable de l’éducation est le pater familias, pas l’État. Les femmes, aujourd’hui, ne sont plus défendues par leur mari (ni par l’État, d’ailleurs). Elles sont seules et sans défense, victimes de la loi du plus fort et de la société pro-mort. Sur ce sujet je recommande fortement la conférence de Michel Rouche sur le matriarcat, qui montre à quel point le matriarcat est barbare et décadent (conférence sur René Girard à l’École des Chartes : https://www.youtube.com/watch?v=sWHTETkyxQI)

      Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Si la Modernité possède des formes accidentelles particulières, elle revient aux fondamentaux du paganisme (ou plutôt des paganismes, qu’on pourrait schématiquement diviser entre ceux qui sont contre-nature, telles que les sociétés primitives avec toutes leurs horreurs, et celles respectant un minimum de loi naturelle, les dites grandes civilisations) : ne confondons pas la chute brutale, autodestructive et contre-nature (les adorateurs de Satan en quelque sorte, que nous connaissons encore aujourd’hui), qui existe depuis Caïn, avec ses descendants, qui retrouvèrent un semblant de loi naturelle pour ne plus s’autodétruire.

      En conclusion, je persiste et je signe : la liberté illimitée donnée à l’individu n’est au fond qu’une divinisation de ce qui n’est pas Dieu. En cela, nous sommes chez les païens. N’oublions pas non plus que ceux que nous appelons païens sont les descendants de ceux qui se sont écartés des lois de Dieu, en prônant au fond ce genre d’individualisme, qui revient au fond à considérer comme dieu chaque personne, ce qui est faux. Or, cela est tellement contre nature, que cela ne peut pas durer longtemps et l’on arrive tout de suite à une société plus docile à la loi naturelle, donc qui sait bien que l’homme est social et que chacun a sa place : nous le vivons aujourd’hui dans la dictature totalitaire sanitaire !

      Je comprends bien ce que vous voulez dire, je pense que tout dépend du sens que l’on donne au terme « païen ». Ce que je veux mettre en lumière c’est qu’il ne faut pas croire que notre temps est essentiellement différent des autres temps — quoiqu’il ait ses originalités, comme la dissolution de l’autorité personnelle dans une invention abstraite appelée souveraineté populaire, mais que sans la révélation nous allons à la catastrophe — qui aujourd’hui n’en devient que plus grave car nous sommes de plus apostats, un peu comme Adam et Eve avant leur repentir, ou Caïn.

      Dans tous les cas, j’aimerais beaucoup avoir un jour la joie de discuter avec vous. Je vous ai vu ici ou là et je crois que notre conversation serait intéressante, mais je dois étudier plus. Comprenez que mon point de vue se fonde sur une expérience un peu rare peut-être : né dans un monde apostat, converti et prenant conscience du passé, je connais aussi très bien, par hasard, ce qu’est un monde païen civilisé. Et je peux vous dire que nous avons malheureusement une sorte de vision idéalisée et fausse de ce qu’est le paganisme, car nous ne le connaissions plus depuis au moins 1500 ans, mais en réalité, ce n’est pas éloigné de ce que nous vivons maintenant. La seule différence c’est que nos restes chrétiens créent des oppositions frontales entre lumière et obscurité: quand tout le monde est dans le noir, on fait juste en sorte de ne pas trop se percuter, en maximisant son profit personnel, en fonction de l’équilibre de la terreur, de l’information, de la force. Si l’individualisme existe c’est simplement par les restes chrétiens, qui faisaient que les forts ne tapaient pas les faibles: maintenant ils disparaissent, donc on revient aux fondamentaux de la cour d’école ou de la jungle: pour pas se faire massacrer on trouve un clan qui nous protège, quitte à s’en faire l’esclave.

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