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La fin de la géopolitique moderne, par Paul de Beaulias

Depuis l’époque moderne et jusqu’à qu’il y a peu le monde de la géopolitique vivait sur un fondement d’égoïsme national machiavélien, sorte de retout aux relations antiques et païennes d’une loi du plus fort mâtinée par une sagesse politique issue de l’expérience qui sait bien que seule la force ne permet pas de durer – il faut aussi assurer une certaine paix et une certaine prospérité pour faire taire les gens (le fameux « du pain et des jeux »).

Ce « concert des nations », assez dissonant on peut le dire, considérait comme normal que chaque « Etat » cherche avant tout l’intérêt national, et même le cas échéant contre le bien commun international, ou contre un bien commun supérieur (le salut des âmes en particulier), voire au détriment de biens communs inférieurs.

Cette vision moderne se fonde aussi sur la conviction que l’homme, habituellement, et en particulier ceux qui sont au pouvoir, agissent en se fondant sur la raison, et par intérêt – national.

Cet état de fait a pu existé un certain temps, et fonctionné un certain temps, du fait du substrat catholique et de la religion qui venait freiner les pires effusions de folies révolutionnaires, d’hybris et autres impérialismes débridés. Disons que tout déraille méchamment après la Révolution française, et l’écroulement rapide de ce qui reste de chrétienté, qui permettait de garder à flot un ordre international qui ne pouvait être purement machiavélien et nationalisme du fait de nombreux royaumes et empires catholiques. Le dix-neuvième siècle est la dernière agonie de l’ancienne chrétienté, qui est réduit en poussière, volatilisé, avec la première guerre mondiale.

Après la destruction de la France royale et catholique, tous les pays catholiques sont démembrés, « révolutionnés », changés. Espagne libérale, démantelement de son empire au profit d’états maçons et libéraux, Italie unifiée contre toutes les parties catholiques, Allemagne unifiée contre toutes les parties catholiques, destruction de l’empire d’Autriche-Hongrie…

Le résultat suit : on croyait que la première guerre mondiale serait la dernière car la pire, on se trompait. La seconde guerre mondiale devint pire, et la guerre froide a suivi…

Vatican II a comme mis la cerise sur le gâteau et « parfait » cette œuvre diabolique : les rares pays qui étaient encore Catholique, quelques miettes survivantes de l’histoire, comme l’Equateur, furent contraints par Rome elle-même de cesser d’être des états catholiques !

L’ordre catholique est donc aujourd’hui de facto mort au niveau international (depuis la déchirure protestante, de façon progressive) et nationale (idem depuis l’hérésie protestante, mais cette déchirure s’accélère avec la Révolution française et la chute de la France, grand royaume catholique).

Il est ainsi logique, qu’avec l’empire de l’opinion et la démocratie, la raison, pourtant adulée comme une déesse, ne soit plus la véritable référence, si ce n’est comme instrument pour justifier tous ses appétits et ses passions du moment…

D’aucuns, comme un certain japonais Seiji Fuji, qui est présenté comme un « essayiste patriote », et qui publie dans un magazine conservateur (Apple Town, No.403), semble encore croire que le monde fonctionne selon la raison et l’intérêt national, dans les vieux relents du dix-neuvième siècle finissant. Cet essayiste, à force d’être patriote dans le sens de favoriser envers et contre tout l’état japonais (contre sa propre population s’il le faut) en vient à conclure qu’il faut réduire la population pour permettre de protéger la planète…

Vous avez bien lu, ce monsieur se targue d’être conservateur, alors même qu’il prône exactement ce que veulent les globalistes, souhaitant destruction des nations et des particularismes, et un contrôle de population. Il ne semble pas remarquer que tous les discours écologistes sont une grande manipulation pour mieux contrôler les populations, et devient une superstition bien pratique, comme une nouvelle religion de la planète mère…

Il justifie son propos en disant qu’une baisse de la population en plus de protéger l’environnement, produira aussi forcément de la paix, puisque la guerre n’existe forcément que du fait de ressources limitées qu’on se dispute.

Que nenni ! Il connaît bien mal l’histoire et la nature humaine ! Les hommes ne font que rarement la guerre simplement parcequ’ils n’ont pas assez de ressources : ils trouvent toujours une bonne raison pour se combattre, quelque soit la situation économique.


Regardez les Napoléon, Alexandre et Hideyoshi et autres conquérants : ils auraient pu s’arrêter cinquante fois, mais il fallait toujours plus, seuls leur perte les arrête, eux qui se croient des dieux vivants.

Ou veut-il simplement comme justifier l’échec patent du Japon contemporain à garder une natalité décente ? Son pays a comme envie de mourir, et le patriote nationaliste cherche à cacher les mauvaises réalités, en les justifiant, comme si elles étaient un bien.

Le Japon n’a plus d’enfants ? Qu’à cela ne tienne : toute la planète, et certains rapports de thinktank comme ceux produits par le très mondialiste club de Rome, disent qu’on peut réduire la population pour s’occuper de la planète et éviter la guerre, alors c’est bien. Alors le Japon est bien et champion ! Il est le premier dans la détestation de la vie et des enfants…

Passons et revenons à la situation présente.

Regardons encore plus près de chez nous : Israël fait la guerre dans le Hamas pour réaliser le grand Israël. Il n’a rien à faire ni du comerce ni de l’économie, il met juste tout au service de ce plan politique.

Idem pour la Russie, qui cherche à protéger la population russe en Ukraine, motif de la guerre, en plus de sa sécurité nationale. Là encore, peu importe l’intérêt économique ou les ressources : dans les deux cas la volonté politique prime, et l’économie est seconde (et d’ailleurs le coût économique des guerres est bien plus importants que de ne pas l’avoir fait, presque tout le temps).

Non, les guerres pour intérêts économiques, si elles n’ont jamais vraiment existé – car il est vrai que cet intérêt fut convoqué souvent depuis 1945, et encore plus après 1990 avec les guerres du golfe et les guerres pour les ressources, mais tout cela n’est-il pas un prétexte pour des intérêts privés ? – sont en tout cas en train de mourir complétement : le XXIe siècle est religieux par excellence. Il suffit de voir le renouveau de la foi catholique parmi la jeunesse d’Occident, l’importance de l’Islam et du rabbinisme dans les politiques d’ISraël et des états musulmans pour le comprendre.

Et ne croyez pas que les états modernes ne sont pas religieux ! Que ce soit mondialisme, écologisme, transhumanisme, LGBT, etc (les religions que l’on pourrait appeler post-modernes), ou pour prendre les religions plus « moderne », au sens historique, comme le libéralisme, l’humanisme tout court, la démocratie ou encore le droit-de-l’hommisme, elles sont toutes des religons, voire de simple supersititions, qui dictent de nouveaux dogmes et les nouveaux objectifs pour réaliser un « bonheur » réduit, qui peuvent déboucher sur la guerre sous une forme ou sous une autre !

Vous pouvez réduire la population, donner un iphone à toute la planète et de quoi manger, cela ne changera rien, il y aura toujours la guerre.

Entre frères comme entre pays, l’homme se battra toujours, sur cette terre, car il est déchu, c’est une réalité que la théologie enseigne, que la philosophie constate et que l’histoire nous confirme.

L’homme orgueilleux après la chute trouvera toujours des passions, plus ou moins subtiles, à justifier en usant de sa raison, et qui l’amène toujours plus loin, et à l’affrontement, et aux guerres. Tout vient de ce désordre de la raison face aux passions, qui prennent, de façon plus ou moins subtile, le pas, et usent au contraire de la raison pour « se justifier » – car la passion nue, trop bestiale, ne peut pas satisfaire la nature humaine raisonnable, elle doit se cacher sous les apparences de la raison.

Finissons en rappelant que le délire de la réduction de la population est une vieille garotte qui existe depuis le fond des âges. C’est en tout cas une constante de l’histoire contemporaine moderne avec Malthus, le planning familial (reprise au Japon jusqu’avant la guerre!1), et après-guerre tous les discours sur la surpopulation : tous les récits apocaluptiques n’ont jamais eu lieu !

Et tout vrai patriote sait que le plus précieux pour un pays c’est sa jeunesse et sa population, pas sa richesse ni sa culture : un vieux pays n’aura plus d’héritiers, il n’a plus de vitalité, il ne peut plus vivre car il est déjà à moitié mort.

Le Japon de Meiji à Showa, jeune et respectant les vieux, le savait…

La modernité est passé et a tout laminé.

Prions pour que tout vrai patriote au Japon comme en France se convainque de la nécessité d’avoir des familles nombreuses !

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France,

Paul de Beaulias

1Voir pour cela l’histoire du contrôle de population dans le Japon moderne de Masashi Kawai「日本の少子化 百年の迷走」 (新潮選書)

Une réflexion sur “La fin de la géopolitique moderne, par Paul de Beaulias

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