Esprit chrétien contre esprit païen. Du recours au chef à la peur du chef ?

Pour les habitués de l’histoire de France, nous le savons : recourir au chef, au seigneur, voire au Roi est quasiment une assurance de se voir « gracier » ou d’obtenir la faveur et le rétablissement d’une injustice, que nous devions subir localement. Même un criminel, si lui ou un proche parvient à rencontrer le roi, pouvait bénéficier d’une grâce (pensons à Jean Chouan par exemple) !

Il est aussi connu des historiens du droit combien le Roi de France s’est « imposé » dans le Royaume par la justice royale et les grâces accordés contre les décisions injustes des grands locaux.

Encore aujourd’hui, dans notre monde en décomposition rapide, en général, le fait qu’une affaire aille « plus haut » est souvent une raison d’espérer, en particulier dans le cas d’une injustice. Si l’affaire monte, que vous êtes en état de faiblesse ou victime d’une injustice, le regard supérieur, lointain et donc bienveillant a priori va plutôt dans votre sens et, en tout cas, n’empire jamais votre situation.

Chez le païen, en revanche, tout est différent.

Je l’ai vécu encore récemment : habitant au Japon, mon chef, païen, voulant me rabrouer après une demande de ma part pour réparer une injustice dont je suis victime, me disait goguenard : « ta demande va aller plus haut ». Sous-entendu : c’est fini, on ne peut plus régler cela entre nous, tu n’aurais pas dû te plaindre officiellement.

Résultat des courses : quelques jours plus tard, la personne « en-haut » s’est prononcée en ma faveur et a satisfait la justice. Cela montre, soit-dit en passant, que les hommes composant une organisation ne sont pas forcément dans la ligne de l’organisation elle-même. L’Église est sainte mais ses clercs peuvent être corrompus, inversement telle organisation peut être nocive en essence tandis que certains de ses membres sont encore justes. C’est une distinction difficile à faire, mais elle est essentielle pour évoluer sur le terrain.

L’entreprise où je suis n’est pas païenne, mais apostate, avec un fond chrétien. Sans Évangile et sans charité, la domination devient dure, plus tyrannique que royale, et la loi de fer. Le « pas de vague », ersatz d’une paix qui n’est qu’une absence de guerre, devient une sorte d’absolue. En cas d’houle, le réflexe est de massacrer tout le monde. Pendant les longs siècles païens au Japon, une affaire allant plus haut signifiait a priori que tout le monde allait en prendre pour son grade. La réponse du pouvoir était souvent très violente, particulièrement sous le régime d’Edo.

Une charte du XVIe siècle, par exemple, promulguée par la seigneurie de Date, dans l’est du japon, contient dans son article 33 une disposition typique de cet esprit : tout assassinat de voyageur dans un village est imputable audit village, qui sera puni en conséquence, à moins qu’il ne fournisse le coupable.

Nous voyons bien que ce genre de mesure sert l’ordre public — un ordre de fer ! —, certes, mais blesse la justice. Résultat des courses : le village s’autogère de façon totalitaire et fait tout pour que rien n’en sorte, soumis à la terreur de se voir détruire par le seigneur. Il ne faut surtout pas que l’affaire fasse du bruit et atteigne le sommet, sinon… tout le monde se retrouve perdant ! L’exact inverse d’avec le Roi Très Chrétien !

On peut comprendre, ainsi, que des centaines d’années sous ce régime conduisent encore aujourd’hui à ces réflexes d’autodéfense et d’incompréhension face à une « justice » objective…

On comprend aussi mieux pourquoi, dans les pays païens, le système patriarcal n’est pas forcément bien vu : chez les païens, le patriarcat s’appuie en effet sur la figure du pater familias à la romaine, une sorte de dieu incarné pouvant décider tel un tyran de ce qu’il souhaite ; en Chrétienté, le patriarcat s’inspire de la structure de la famille chrétienne, irriguée par la justice divine, la loi naturelle et la charité chrétienne. Dans l’inconscient collectif japonais, les institutions naturelles et légitimes évoquent surtout une loi de fer, dure, voire violente, d’où l’esprit servile des Nippons face aux ordres. La libération moderniste aurait pu être bonne pour eux, mais elle détruit peu à peu la société…

L’apostasie gagnant la France, nous risquons nous aussi de tomber dans cette logique païenne… quand ce n’est pas déjà le cas !

Paul de Beaulias

Pour Dieu, pour le roi, pour la France !

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