La maison de Chesterton, génie de la littérature et « serviteur de dieu », pourrait être détruite

La maison de l’écrivain et « Serviteur de Dieu » pourrait être démolie pour laisser place à quelques appartements !

« Qui met encore l’art au-dessus de l’artiche ? » se demandait, il y a peu, l’écrivain Romain Guérin sur les réseaux sociaux.
Cette question — purement rhétorique et spirituelle, pour qui ne l’aurait pas compris — aurait pu être posée à propos de l’infâme projet concernant Over Roads, la célèbre demeure de Chesterton — où celui-ci vécut avec France, son épouse bien-aimée, entre 1909 et 1922. La bâtisse, située dans la petite ville de Beaconsfield, dans le Buckinghamshire, est un superbe manoir en brique rouge qui impressionne encore par sa « merveilleuse préservation ». Néanmoins, cela n’est pas son état de conservation qui fascine et attire les lecteurs du monde entier. Il faut dire que c’est entre les murs de cette maison que le génial écrivain inventa et rédigea la majeure partie de ses chefs-d’œuvre, tels que Le Club des métiers bizarres (1905), Le Nommé Jeudi (1908) ou, encore, les vingt-quatre premières aventures de son Père Brown.
Ce célébrissime Père Brown, puisque nous en parlons, avait été inspiré à Chesterton par la figure de Mgr John O’Connor, celui-là même qui le convertit quelques années plus tard au catholicisme, entre 1921 et 1922, alors que le catéchumène vivait toujours à Over Roads, où il recevait régulièrement ce saint homme de directeur spirituel. Chesterton, dès lors, vécut en chrétien modèle, lui aussi. Il se pourrait même qu’il fasse un jour l’objet d’une canonisation officielle, son procès en béatification ayant été ouvert en 2003 à la demande de l’évêque de Northampton. Ainsi, depuis cette date au moins, les pèlerins se font nombreux à Beaconsfield, où ils pérégrinent essentiellement vers Over Roads (Grove Road, la dernière demeure du « serviteur de Dieu » mort en 1936, étant habitée et interdite aux visiteurs), vers le cimetière de Shepherd’s Lane, où il repose avec sa femme en attendant la Parousie, et vers l’église Sainte-Thérèse, construite en 1927 à la demande insistante de l’écrivain.

Malgré la dévotion internationale éprouvée pour Chesterton et le nombre croissant de pèlerins qui se rendent à Beaconsfield, la maison n’est, semble-t-il, pas assez rentable financièrement ! Ainsi, en ce début d’année 2020, à quelques semaines de Noël seulement, l’entreprise Octagon Developments fit part de ses intentions d’acheter, puis de raser purement et simplement cette petite part du patrimoine historico-littéraire, européen et catholique pour y construire… neuf appartements… dont le loyer sera sans doute fixé à 30 deniers !
Pour la Fondation Chesterton, il est scandaleux qu’un artiste « si célèbre et si admiré dans le monde entier soit si méprisé dans son propre pays », mais un point choque plus encore les membres de la société savante : « détruire délibérément un édifice qui fut autrefois la résidence d’un homme qui pourrait être déclaré saint un jour serait […] cruel et insupportable » !
Malheureusement, c’est bien connu, Mammon est le plus grand ennemi du Christ et de ses saints… peut-être plus encore que Satan lui-même ! Heureusement, nous savons que le diable porte pierre : espérons que le drame sera évité et profitons de cette triste actualité pour lire ou relire le Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste (1926) de Chesterton qui, décidément, avait tout d’un prophète !

F. V.

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