Réconciliation historique entre deux branches rivales de la maison Bourbon

C’est en toute discrétion que la réconciliation entre les deux branches Bourbons a eu lieu à Sotogrande. Une réconciliation qui a fait tous les titres de la presse espagnole. Cette dernière n’a pas été avare de photos marquant la fin des dissensions entre la maison royale d’Espagne et la branche aînée des capétiens représentée par le duc d’Anjou, le prince Louis de Bourbon.

Les tensions entre les deux branches Bourbons remontent du temps où le général Franco, qui avait alors restauré la monarchie en 1947, cherchait un prince pour le trône vacant d’Espagne. A diverses reprises, le nom du prince Alphonse de Bourbon (1936-1989) avait été cité comme probable souverain d’Espagne en lieu et place du fils du comte de Barcelone, Juan-Carlos. Dans les négociations portant sur son éventuelle accession au trône d’Espagne, on avait alors proposé au prince le titre de duc de Badajoz. Un titre qu’Alphonse de Bourbon avait écarté car « peu prestigieux pour un…roi » avait-il répondu à Franco qui lui portait une réelle affection comme autant il exécrait le comte de Barcelone, Juan de Bourbon, fils cadet d’Alphonse XIII et héritier désigné de son père.

Il faudra attendre le 19 et 23 juillet 1969 pour que le petit-fils aîné d’Alphonse XIII accepte de renoncer aux prétentions du trône d’Espagne « en vue du bien commun de l’Espagne, de la paix et de la prospérité du peuple espagnol » en dépit de forts soutiens parmi le gouvernement franquiste. Néanmoins, les tensions entre les deux cousins persisteront notamment après son mariage en 1972 avec la petite-fille de Franco, María del Carmen Martínez-Bordiú et Franco. Mariage qui avait permis au duc de Ségovie, Jacques Henri de Bourbon de se positionner comme l’aîné de sa famille, portant collier de l’ordre du Saint-Esprit face au futur roi d’Espagne qui en avait pris ombrage.

La rancune entre les deux princes devait rester tenace. Alors que Juan de Bourbon menaçait de ne pas reconnaître son fils comme Roi d’Espagne, Juan-Carlos avait écrit une lettre à son père, lui expliquant qu’un tel refus de la proposition de Franco à le voir monter sur le trône allait propulser sur celui-ci le prince Alphonse de Bourbon. La lettre avait fait mouche.

C’est cependant en plein millénaire capétien (1987) que les dissensions entre les deux princes éclatent au grand jour. Irrité par les prétentions du prince Alphonse au trône de France et de sa popularité grandissante dans les milieux royalistes français, agacé par les nombreuses lettres du comte de Paris, Henri (VI) d’Orléans, qui se plaignait au roi de ce remue-ménage intempestif autour de la légitimité renaissante, Juan-Carlos décida soudainement de retirer le prédicat d’altesse royale au prince Alphonse ainsi qu’à ses descendants. Une titulature qu’il portait pourtant depuis 1938.

Parrain de l’infante Christina de Bourbon, le prince Alphonse avait vertement contesté cette décision. En vain.

Lors du tragique accident qui coûta la vie au prince Alphonse II de Bourbon en 1989, la famille royale fit taire ses dissensions, proposa un avion à la veuve du prince Alphonse et le roi Juan-Carlos d’assister aux obsèques de son cousin. Au jeune prince Louis de Bourbon en larmes, l’édition de Paris-Match consacrée à cet événement relata cette phrase, forte en symbole, que le roi d’Espagne lui aurait adressé: « Un roi ne pleure pas ! ».

Reconnaissance de fait des prétentions au trône de France par le roi d’Espagne lui-même ? Le doute est permis.

Pour autant, Juan-Carlos ne témoignera pas d’autres marques d’affections au prince Louis, désormais Louis XX de Bourbon pour ses partisans. Lors de son mariage avec María Margarita Vargas Santaella en 2004, bien qu’invitée, la maison royale d’Espagne ne se déplacera pas. Un boycott qui avait beaucoup étonné la mère du jeune prince et dont la presse s’était faite l’écho. Lors d’une interview à Carmen Martínez-Bordiú y Franco, un journaliste lui avait posé cette question : « avez-vous été affecté qu’aucun membre de la maison royale ne soit présent ? ». Ce à quoi la petite fille de Franco avait répondu: «Personnellement, non, mais en tant que mère, j'ai été seulement profondément blessé par ce qu'ils ont fait à mon fils ». Et le duc d’Anjou de surenchérir avec une tendresse toute filiale : « Maman, ne vous inquiétez pas, je ne leur manque pas ».

Duc d’Anjou, une titulature héritée de Philippe V d’Espagne et que porte le prince Louis de Bourbon mais que lui conteste la branche des Orléans depuis que son père l’a adopté en 1975. Entre un procès perdu (1988) et tentative de récupération du titre par le comte de Paris qui a pris la décision de titulariser son neveu, Charles-Philippe d’Orléans (résidant actuellement au Portugal) sous ce titre envers et contre tout, c’est aussi encore ici un autre épisode des tensions qui a agité la maison royale et celle des Bourbon. La présence de, celui qui n’était pas encore, Felipe (Philippe) VI au baptême du premier enfant de Charles-Philippe d’Orléans n’a pas été sans raviver les tensions entre les deux branches.

2014, le prince des Asturies monte enfin sur le trône d'Isabelle la Catholique et Ferdinand d'Aragon. Se posant en fédérateur de son pays, il entend aussi mettre fin à cette querelle familiale. Le prince Louis et son épouse seront donc invités à la cérémonie d’investiture du nouveau roi comme prince et chef de la maison capétienne.

Premières étapes d’une réconciliation entre le prince Louis de Bourbon et le nouveau roi d’Espagne et dont le processus vient d’aboutir selon la presse espagnole, qui se félicite largement de cette réconciliation. C’est un ex-monarque, Juan –Carlos, qui tout sourire a accueilli le prince Louis , allant même par le prendre par le cou. Un prince manifestement à l’aise et qui n’a eu de cesse de s’amuser avec ses cousins, notamment avec l’infante Elena qui était déjà proche de lui auparavant.

D’ores et déjà des voix s’élèvent pour que le prince récupère son prédicat d’Altesse royale, pour lui et sa famille. Une décision qui ne serait pas lourdes de conséquences puisqu’elle  accréditerait le prince Louis de Bourbon au sein de la maison royale d'Espagne avec rangs et privilèges mais lui vaudrait également une reconnaissance de facto éventuelle par celle-ci sur ses prétentions « légitimes » au trône de Louis XIV. L'histoire reste encore à écrire.

Frederic de Natal

 

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Caricature du 4 novembre 2017
« La république des privilégiés »

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