Du sacerdoce et du Roi

 

                                   Beaucoup d’idées, d’illusions, d’opinions, de préjugés sont répandus à propos du sacerdoce catholique, tout autant, sinon plus, qu’au sujet de l’autorité dont le Roi de France est revêtu non seulement de par sa charge héréditaire, mais surtout de par son sacre. La nature de l’un et de l’autre peut s’éclairer mutuellement en un temps où le sacerdoce catholique est vilipendé et où la monarchie est ignorée.

                                   Il existe une certaine confraternité entre sacerdoce et royauté, ceci grâce à l’onction d’huile qui préside à instituer l’un et l’autre et à les revêtir d’un pouvoir qui dépasse largement les capacités humaines. Le sacerdoce est royal et la royauté est sacerdotale. Tout catholique baptisé est d’ailleurs habité par ces deux dimensions, s’ajoutant à celle de prophète, grâce à l’onction du Saint-Chrême. L’utilisation d’une huile sacrée existait déjà avant l’onction des rois d’Israël par Samuel et par ses successeurs. L’Egypte d’Aménophis IV, en 1500 avant Jésus-Christ, rapporte, dans ses archives diplomatiques que le grand-père du Pharaon avait été institué ainsi par son propre aïeul. L’huile, très prisée des peuples anciens, était considérée, de par sa légèreté, son évanescence et sa luminosité, comme une substance divine répandue par les dieux sur les hommes méritants. Il n’est donc pas étonnant que le peuple élu recevant un roi choisi par Dieu, utilise ce rite pour le consacrer, avant d’y ajouter, bien plus tard le symbole du diadème qui couronne la tête de façon permanente et visible, comme l’huile a coulé de façon ponctuelle et quasi invisible sur le chef du monarque lors de son investiture. Les Livres de Samuel, des Chroniques, des Rois et les Psaumes fourmillent d’images et de références à cette descente de l’esprit divin sur celui qui est baigné d’huile. Les prêtres du Temple sont ainsi consacrés. Les rois ne sont pas directement prêtres, puisqu’ils n’offrent ni les holocaustes, ni l’encens, mais ils participent de façon unique à ce sacerdoce auxquels ils sont en quelque sorte conformés. Le roi est le « oint du Seigneur », en hébreu messiah. Le véritable et parfait Oint sera le Christ, totalement Roi et totalement Prêtre. En II Samuel VII, 14, il est dit par le Très Haut : « Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils » créant une relation paternelle et filiale entre le monarque et Dieu, et ensuite entre le roi et son peuple, le chef devenant pasteur d’un troupeau comme le seront plus tard les apôtres du Christ à sa suite.

                                   Très rapidement, dans la chrétienté ibérique wisigothe, puis franque, apparaît cette onction qui signe la légitimité et l’inviolabilité du monarque qui en est bénéficiaire. L’onction fait la légitimité, et non point l’hérédité. Le premier exemple célèbre qui nous soit parvenu est celui de Pépin le Bref, oint sans doute par l’archevêque Boniface de Mayence en 752 à Soissons, puis sacré une seconde fois en 754, avec ses deux fils qui reçoivent aussi l’onction, cette fois à Saint-Denis, de la main du pape Etienne II. Son alliance avec l’Eglise assoit sa légitimité. Le premier sacre et couronnement à Reims sera celui de Louis le Pieux en 816, renouant avec le geste de saint Remi sacrant Clovis I en 496. Lorsque fut découvert dans la tombe du saint archevêque en 869 une fiole d’huile réputée pour avoir été apportée par une colombe pour couronner Clovis, cette huile sainte commença à être utilisée exclusivement pour les sacres, conservée dans un précieux reliquaire dont l’Abbé de Saint-Remi avait la garde et la charge. En 869, l’archevêque Hincmar de Reims oindra à Metz  Charles II le Chauve, signant ainsi la continuité entre Clovis et ses successeurs, entre Remi et ses successeurs. Cette huile miraculeuse, mélangée à chaque couronnement à du Saint-Chrême à hauteur d’une tête d’épingle, servira pour tous les sacres, - à l’exception de celui d’Henri IV à Chartres pour cause de Ligue-, y compris celui de Charles X puisque de précieuses parcelles de la Sainte Ampoule avaient été sauvées avant sa destruction par les révolutionnaires en Place Royale de Reims. Le roi devient lieutenant du Christ sur terre. Il est à noter que les reines de France, lorsqu’elles sont sacrées, ne reçoivent pas cette onction de la Sainte Ampoule ,-mais seulement du Saint-Chrême-, car il s’agit d’une onction sacerdotale et que les femmes ne sont pas prêtres, selon la volonté de Notre Seigneur choisissant des apôtres. La Très Sainte Vierge sera la Reine des prêtres mais non point prêtre Elle-même. Le prêtre, in persona Christi, offre le sacrifice, Chair et Sang du Christ, tandis que la Sainte Vierge Marie a porté en Son Sein Celui qui est le sacrifice. Elle est le Tabernacle tandis que le prêtre est à la fois la victime et le sacrificateur. Le Roi n’est ni l’un ni l’autre, mais comme il est chargé de défendre l’Eglise en toutes choses, - tel est son serment le jour du sacre-, il participe à ce sacerdoce, signifiant ainsi qu’il est le berger de ses peuples et qu’il est prêt aussi à se sacrifier pour eux, ce que fera admirablement Louis XVI, ce que mettra en pratique toute sa vie, de façon éclatante, saint Louis IX. Les neuf onctions avec ce mélange d’huile de la Sainte Ampoule et de Saint-Chrême opérées par l’archevêque de Reims sur le Roi transforment ce dernier dans sa nature même. Il demeure pécheur, tout comme le prêtre qui reçoit l’onction du Saint-Chrême le jour de son ordination le demeure aussi, et cependant, il est revêtu de sainteté, d’où, sur le champ, sa capacité, s’il est en état de grâce, à guérir les écrouelles, acte éminemment sacerdotal et propre au roi de France, comme l’onction avec la Sainte Ampoule.

                                   Le sacre fut longtemps considéré comme un sacrement. Saint Pierre Damien le classe parmi les douze sacrements. Pierre Lombard réduira la liste à sept, liste ratifiée ensuite au Concile de Latran III en 1179, le sacre étant alors rétrogradé au rang de sacramental. Il n’empêche qu’il continue d’élever le Roi au-dessus des autres baptisés puisqu’il devient une personne sacrée, d’où le crime impardonnable de régicide. N’en déplaise à Monsieur Mélenchon et à ses semblables, un député de la république n’est pas « sacré », tout simplement parce qu’il n’a pas reçu l’onction de la Sainte Ampoule, huile miraculeuse que ses prédécesseurs ont voulu faire disparaître car, malgré leur haine, ils en connaissaient l’effet surnaturel. Les peuples de France ne devaient plus obéir à un pasteur, à un père, à un prêtre en la personne du monarque choisi par Dieu et revêtu d’autorité, mais à des meutes s’entredéchirant pour un pouvoir strictement humain. A l’heure où en est notre  pays, nous pouvons constater à quoi mène cette destruction voulue, planifiée et entretenue. Le Roi approche l’ordre sacerdotal. Il était donc nécessaire d’éradiquer dans le même temps Eglise et monarchie.  Lors de la célébration de la Messe pontificale qui suit le rite du sacre, le Roi porte d’ailleurs à l’autel, au moment de l’offertoire, le vin, signe qu’il est le successeur du prêtre Melkisédech, et au moment de la communion, il reçoit les deux Saintes Espèces du Corps et du Sang du Christ, privilège sacerdotal.

En assassinant le Roi, les révolutionnaires ont tué aussi le prêtre, en  faisant d’une pierre deux coups. Voilà pourquoi les arguties consistant à remettre en question le statut de martyr de Louis XVI sont vaines et non avenues : toucher à la personne du Roi de France revêtu de l’onction est nécessairement s’attaquer à la dimension sacerdotale de sa charge et donc à l’Eglise qui l’a institué et au Christ qui l’a choisi.

 

 

P.Jean-François Thomas s.j.

              7 décembre 2018

       Saint Ambroise

 

 

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