Editoriaux

Les leçons de Rome

Chers amis,
 
Dimanche 27 avril, comme beaucoup d’entre vous, je suivais à distance les canonisations respectives de Jean XXIII et Jean-Paul II.
 
Je ne vous parlerai pas spécifiquement de cet événement, ni de sa portée religieuse. On vous en a déjà beaucoup dit, et mon propos n’apporterait sans doute rien de plus.
 
Mais, pour nous, Français, je crois que ce qui se passe à Rome peut être une formidable leçon politique.
 
Il y avait sur la place Saint Pierre, ce jour-là, un demi-siècle d’histoire de l’Eglise. Le pape François, régnant, était accompagné du pape Benoît XVI, et ils proclamaient la sainteté de deux de leurs prédécesseurs immédiats. Il ne manquait plus que Paul VI et nous avions le panorama complet. Vous l’avez sans doute pensé comme moi : que ces quatre pontifes sont différents ! Jean XXIII, le diplomate italien, tout en rondeurs, qui ouvrit le concile Vatican II. Mais qui sait que celui-ci était déjà en préparation à la fin du pontificat de Pie XII, dernier grand monarque pontifical, à la figure auguste et hiératique ? Jean-Paul II, le lutteur venu de l’Est qui fit tomber le communisme et se fit l’apôtre du corps et de la famille. Mais qui se souvient que son prédécesseur, Paul VI, avait posé les jalons de sa théologie sur le corps et la famille avec Humanae Vitae en 1968 ? Pourtant, Paul VI, c’est le prélat italien, véritable fonctionnaire de la curie, si éloigné du robuste Polonais. Benoît XVI, l’homme de la doctrine, de la liturgie, allemand et théologien universitaire, bien éloigné de la figure wojtylienne. Mais là encore, ce n’est sans doute pas un hasard si Jean-Paul II en fit son plus proche collaborateur pendant un quart de siècle. Enfin, voici François, pape du peuple, franc et direct là où Benoît se faisait timide et réservé. Mais quand François met l’accent sur la piété populaire et la confession, nous ne sommes pas loin de la Bavière natale du pape émérite, ou de l’attention qu’il apportait à confesser lui-même des jeunes durant les JMJ.
 
Oui, vraiment, il y a quelque chose de stupéfiant dans cette suite de papes. Chacun semble si différent de son prédécesseur, par ses préférences, son style, sa personnalité, son histoire, mais il complète l’oeuvre des ans et s’appuie dessus pour avancer. S’il n’y avait pas eu la poigne charismatique de Jean-Paul pour réaffirmer la force de l’Eglise et marquer de son sceau une génération entière de clercs, l’oeuvre réformatrice de Benoît eût été bien plus ardue. Et si celui-ci n’avait pas préparé le terrain et consolidé la barque, François ne pourrait pas aujourd’hui jouer sans crainte le bon curé de campagne, tutoyant ses ouailles, prêchant et confessant comme si on l’avait nommé dans la paroisse d’à côté. Ce style pontifical séduit les foules, il amène un peuple immense. Mais il est surtout le fruit du travail des dernières décennies.
 
La manière dont se complète l’oeuvre de papes si éloignés l’un de l’autre me fait penser à l’esprit de la dynastie. Chaque monarque a son style et sa personnalité, ainsi que ses projets propres. Mais il s’inscrit dans la formidable continuité de sa dynastie, dans la chaîne des temps, qu’il ne doit pas brusquer, et il s’appuie sur l’oeuvre de son père ou de son grand-père. Louis XIV a beaucoup fait la guerre parce que Louis XIII a considérablement renforcé le pouvoir royal. Louis XV a pu refuser d’inutiles conquêtes parce que Louis XIV avait bien assez renforcé les frontières. Pourtant, ces trois souverains sont différents à tous aspects, en dépit de leur lien de filiation. 
Les papes d’aujourd’hui appuient leur oeuvre sur cet esprit dynastique, au sens spirituel et non familial dans le cas présent. Ils vénèrent la mémoire de ceux qui les ont précédés et en respectent les créations. Ils s’inscrivent dans une institution, l’Eglise, dont ils ont la garde. Tout comme les rois avaient la garde de leur couronne, qu’ils devaient transmettre à leur tour, préservée, agrandie, embellie.
 
Comme je souhaiterais que Manuel Valls, qui semble se positionner déjà pour la présidence de la République, ait le même souci de continuité, de respect et de transmission. Il critiquait, en 2011, la présence de François Fillon à la béatification de Jean-Paul II. Le voici à sa canonisation. En somme, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Mais puissiez-vous, M. le Premier ministre, méditer ce bel exemple des papes, pour en inspirer votre politique !
 
Charles

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