[Saga Autarcie] Article 9 – L’autarcie comme prolongement du chauvinisme légitimiste, réflexion sur la souveraineté

L'étude suivante se compose de 18 articles se suivant, à paraître à rythme hedomadaire. Articles précédents

Article 1 de la saga: L’autarcie au Japon ou le Sakoku 鎖国, première approche

Article 2 de la saga:  Les origines de l’autarcie nipponne

Article 3 de la saga:  Les origines du mot  d’ « autarcie » au Japon

Article 4 de la saga : Autarcie, question de point de vue

Article 5 de la saga : L’autarcie, politique pratique pour la protection du pays, tout simplement

Article 6 de la saga : De l’autarcie à l’ouverture du pays – toujours pour la protection du pays et pour le service du divin

Article 7 de la saga : L’influence de la pensée autarcique en Europe : Fichte contre la pensée kantienne

Article 8 de la saga :  Chauvinisme et pensée du Joi à la fin de l’ère Edo

 « La pensée de l’Expulsion des étrangers n’a pas jailli de nulle part à la fin de l’ère Edo comme par magie. Elle fut au contraire lentement mûrie tout au long de l’ère Edo. Parler du joi en ignorant les temps précédents où elle s’est formée entrave au contraire sa bonne et claire compréhension. Il est nécessaire pour comprendre le joi d’étudier préalablement la conception et la conscience des gens de l’époque depuis le début de l’ère Edo jusqu’à la période finale.»[1]

La politique d’autarcie affirmée à la fin de l’ère Edo provient en réalité d’une prise de conscience de la pression étrangère, qui constitue la politique de l’autarcie comme « une loi fondamentale » du shogounat, chose qui n’était pas jusqu’alors le cas, comme nous l’avons vu dans la partie précédente, puisque cette état de fait d’autarcie fut plus le résultat d’une série d’édits chauvins qui visaient déjà à isoler le pays pour le protéger et d’une pratique assez commune, que d’une politique idéaliste de l’autarcie pour l’autarcie. Il est intéressant de constater que, face à la date habituellement retenu pour marquer le début du Japon « moderne », celle des bateaux de l’amiral Perry, le début réel des tensions avec l’étranger se passent dès la fin du XVIIIe siècle face à la Russie, qui déjà suscite les réflexions et fait prendre conscience peu à peu des dangers croissants de l’étranger :

 « Il est légitime de dire que la Russie compte comme un acteur à part entière dans l’Asie de l’Est,  puisqu’il est de fait un pays frontalier du Japon. L’histoire des relations entre la Russie et le Japon est intimement et étonnamment liée à la politique d’Expulsion des étrangers mise en place par le Japon. La décision du Bakufu de faire du sakoku une loi cardinale du pays est un produit direct des tensions entre la Russie et le Japon. Le thème de la Russie et de sa trajectoire est un thème indispensable à l’objet de ce livre.

Il ne faut pas oublier ensuite la situation géographique du Japon. Le Japon est un petit pays relativement à l’ensemble est-asiatique. Depuis la fin de la Préhistoire, le Japon a reçu l’influence du continent, et a même emprunté un temps l’autorité de la Chine. Il est tout aussi vrai qu’il fut un grand thème de ces temps de savoir comment sortir de l’influence chinoise et ensuite comment constituer un état indépendant et souverain à part entière. L’époque Edo fait aussi partie de ces époques qui se posaient ces questions. J’en parlerai plus précisément dans le chapitre suivant, mais disons déjà que la compréhension de la pensée est-asiatique civilisation-barbarie est indispensable pour comprendre le joi. »[2]

La pensée chauvine est un élément précieux pour nous occidentaux afin de réfléchir à la souveraineté, à son sens et comment la cultiver. Les tensions extérieures suscitèrent en effet tout un ébranlement, ou plutôt un bruissement dans le long calme de la paix bicentenaire de ce Japon médiéval:

 « Bien que l’ère de Kansei (1789-1801) résulta dans le durcissement du Sakoku érigé comme politique fondamentale du régime du fait des conflits avec la Russie, la Bakufu, ramolli par une longue paix, commençait à témoigner des difficultés à affirmer sa puissance militaire, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. L’affaiblissement de la capacité à diriger du gouvernent devenait par trop visible. L’Ancien Matsudaira Sadanobu entreprit ainsi une politique de rétablissement de cette capacité, en tentant de renforcer sa légitimité à travers l’autorité de la Cour. Le résultat de cette politique fut d’interpréter le régime en place comme le Mandat complet des choses du gouvernement dévolu par la Cour au Bakufu.

En clair, le Bakufu, en plus du mandat militaire [dévolu dans le titre de Shogoun] se voit aussi délégué par le Tennô (la Cour) l’ensemble des politiques économiques et politiques, mandats qui font ainsi naître la logique de la direction du Japon dans son entier par le Bakufu. La légitimité vient ainsi du fait que le Bakufu ne dirige pas de façon arbitraire, et par lui-seul, mais ne fait que porter le mandat du Roi et dirige à sa place et en son nom. Le Bakufu se protège ainsi du voile de l’autorité de la Cour pour protéger l’intérêt du pays et le Sakoku, tout en permettant au Bakufu lui-même d’allonger son espérance de vie à la direction du pays.  »[3]

 

[1] Ibid, p.15 « さて、攘夷という思想は、何も幕末に降って湧いたものではない。江戸時代を通じて、醸成されてきたのだ。その経緯を無視して、いきなり幕末の攘夷から話をはじめることは、かえって理解の妨げになるであろう。江戸初期から幕末までの対外認識を学ぶことは、幕末の攘夷を理解するためには、どうしても必要となる。 »

[2] Ibid, p.16 « しかもロシアは、東アジアの一員と言ってもおかしくなく、そもそも、日本の隣国の一つである。そのロシアとの交渉史は、日本攘夷政策と驚くほど密接であり、江戸幕府が祖法と位置づけた「鎖国」も、日ロ間の緊張がもたらした産物であるのだ。ロシアの動向は、本書においては欠くことのできない大きなテーマとなる。

また、日本の地理的な条件も見逃がせない。日本は、東アジアを構成する一小国に過ぎない。太古から大陸、つまり中国の影響を受け続けており、その権威を借りていた時代もあった。一方その影響から如何に脱するか、そして、日本を如何に世界に冠たる国家とするかが、大きなテーマでもあったのだ。江戸時代とは、まさにそうした時代であった。詳しく次章で述べるが、その土台となった東アジア的華夷思想の理解は、また攘夷の理解に必要不可欠となる。 »

[3] Ibid, p.43 « ところで、寛政期(一七八九~一八〇一)には、ロシアへの対抗上、祖方化された鎖国を対外方針として打ち出したものの、一方で太平の世を貪ってきた幕府は、すでに圧倒的な軍事的実力を国内外に示すことは叶わず、その統治能力の翳りが見えはじめた。老中松平定信は、それを取り繕う策として、幕府の権威を朝廷の存在によって実質化しようとした。その結果、政治形態として認知されたのが、大政委任論である。つまり、幕府は天皇(朝廷)から、軍事面だけではなく、その他すべての政治的・経済的な政策を立案し、実行する委任を畏くも受けているので、それに応えて日本を統治しているとのロジックを生み出したのだ。好き勝手に支配しているのではなく、あくまでも天皇に代わって実行していると言う大義名分論である。これによって、幕府は朝廷権威を隠れ蓑にして、国是・鎖国を守り、ひいては幕府自体の延命を試みたのだ。 »

 

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