Joseph de Maistre, une figure traditionnelle prise dans les tourments de l’époque [Au fil des classiques Série Joseph de Maistre]

Paul de Baulias– Au fil des classiques

Série Joseph de Maistre

Maistre, Joseph de (1753-1821). Œuvres complètes de J. de Maistre (Nouvelle édition contenant  les œuvres posthumes et toute sa correspondance inédite). 1884-1886

Joseph de Maistre, une figure traditionnelle prise dans les tourments de l’époque

Joseph de Maistre est connu comme fondateur émérite de la pensée contre-révolutionnaire. Il est devenu relativement incontournable dans l’histoire de la pensée, et même si c’est pour le critiquer, on ne peut passer outre sa pensée, à la différence d’un Maurras par exemple qui reste à peu près parfaitement ignoré même à l’université.

Il est souvent rapidement tourné en ridicule et classé comme un providentialiste entendu au sens du « tout providence », soit vu sur sa gauche comme un extrémiste catholique irrationnel qui ne vaut pas la peine d’être considéré, et sur sa droite comme un défaitiste qui à force de parler de providentialisme abandonne l’idée de l’action et confine à l’impuissance molle qui aurait en fin de compte mis en échec la contre-révolution pendant trop d’années.

Ces visions sont pour beaucoup caricaturales et ne correspondent ni au personnage ni à sa pensée, ou du moins soit la réduisent à un aspect étriqué qui ne lui sied pas, soit ignorent le fond réel du personnage du fait d’interprétations décalées ou inappropriées sur le personnage. Sa pensée n’aurait en plus jamais pu gagner une reconnaissance universelle de cette envergure, alors même qu’il est le théoricien de la Contre-Révolution – car nous ne savons que trop comment certains médiocres de la pensée ont le haut de pavé, et depuis longtemps – si sa pensée était si caricaturale ou si simple. Non, Joseph de Maistre, en plus de développer une pensée conséquente, possède aussi des particularités de position qui rendent sa voix particulièrement audible : en tant qu’étranger à la France, il n’a aucun intérêt à être contre-révolutionnaire, puisque la France n’est pas son Royaume, et il a d’ailleurs toujours servi son propre Roi avec une fidélité indéfectible tout en aimant véritablement la France. Cette position extérieure et sa bonne foi lui donnent une autorité qui ne cesse de se démentir jusqu’à aujourd’hui.

Nous nous proposons dans cette série de reprendre l’œuvre de cette grande figure en détail, en présentant l’essentiel de son œuvre pas à pas en laissant le plus possible la parole à ce maître de pensée qui a vécu une époque mouvementée pour le moins – il faudrait toujours laisser la parole aux textes, seule façon de rester fidèle et de se faire une idée ; n’est-il pas insupportable de voir tant de commentaires à partir de rien, ou au mieux d’une phrase sortie de son contexte ?

L’exercice prendra son temps, mais le temps est nécessaire pour entrer avec bienveillance dans une pensée si fournie. Bienveillance respectueuse, voilà notre principe dans l’analyse. Bienveillance qui devrait toujours être le principe d’entrée dans toute pensée : la critique faite dans l’optique de destruction, de mépris ou d’insulte, outre d’être souvent à côté de la réalité en projetant surtout des schémas tout faits contemporains sur le passé, est en plus une insulte à l’intelligence et à la dignité humaine. Comment véritablement comprendre sans cette bienveillance nécessaire qui permet de sortir de soi-même et notre époque pour revenir au passé ? Comment critiquer justement sans elle, qui permet de cerner les défauts ou les problèmes d’autant plus que cette critique est faite dans un souci amical de vouloir apporter et développer cette pensée, comme si nous pouvions encore discuter avec Joseph de Maistre au-delà des âges ; discussion qui, si elle avait eu lieu, aurait certainement permis de développer encore sa pensée – et la nôtre.

Joseph de Maistre présente avant tout cette attitude traditionnelle de bienveillance dans sa pensée et ses actions, et il nous apprend beaucoup tant sur la révolution et ses affres, la religion et la Foi, mais aussi tout un art de sociabilité, de critique et de charité qui semblent tout à fait en berne dans notre monde contemporains pour notre plus grand malheur.

Nous vous proposons ce voyage dans l’œuvre de Joseph de Maistre.

Et nous nous joignons à son appel qui traverse les siècles sans prendre une ride :

« « Sujets fidèles de toutes les classes et de toutes les provinces, sachez être royalistes. Autrefois c'était un instinct, aujourd'hui c'est une science. Serrez-vous autour du tronc, et ne pensez qu'à le soutenir : si vous n'aimez le roi qu'à titre de bienfaiteur, et si vous n'avez d'autres vertus que celles qu'on veut bien vous payer, vous êtes les derniers des hommes. Elevez-vous à des idées plus sublimes, et faites tout pour l'ordre général. La majesté des souverains se compose des respects de chaque sujet. Des crimes et des imprudences prolongées ayant porté un coup à ce caractère auguste, c'est à nous à rétablir l'opinion, en nous rapprochant de celle loyauté exaltée de nos ancêtres : la philosophie a tout glacé, tout rétréci-, elle a diminué les dimensions morales de l'homme, et si nos pères renaissaient parmi nous, ces géants auraient peine à nous croire de la même nature. Ranimez dans vos cœurs l'enthousiasme de la fidélité antique, et cette flamme divine qui faisait les grands hommes. Aujourd'hui on dirait que nous craignons d'aimer, et que l'affection solennelle pour le souverain a quelque chose de romanesque qui n'est plus de saison : si l'homme distingué par ces sentiments vient à souffrir quelque injustice de ce souverain qu'il défend, vous verrez l'homme au cœur desséché jeter le ridicule sur le sujet loyal, et quelquefois même celui-ci aura la faiblesse de rougir : voilà comment la fidélité n'est plus qu'une affaire de calcul. Croyez-vous que, du temps de nos pères, les gouvernements ne commissent point de fautes ? Vous ne devez point aimer votre souverain parce qu'il est infaillible, car il ne l'est pas ; ni parce qu'il aura pu répandre sur vous des bienfaits, car s'il vous avait oubliés, vos devoirs seraient les mêmes. Il est heureux, sans doute, de pouvoir joindre la reconnaissance individuelle à des sentiments plus élevés et plus désintéressés : mais quand vous n'auriez pas cet avantage, n'allez pas vous laisser corrompre par un vil dépit qu'on appelle NOBLE ORGUEIL. Aimez le souverain comme vous devez aimer l'ordre, avec toutes les forces de votre intelligence ; s'il vient à se tromper à votre égard, vengez-vous par de nouveaux services : est-ce que vous avez besoin de lui pour être honnêtes ? ou ne l'êtes-vous que pour lui plaire ? Le roi n'est pas seulement le souverain, il est l'ami de la Savoie ; servons-le donc comme ses pères furent servis par les nôtres. Vous surtout, membres du premier ordre de l'Etat, souvenez-vous de vos hautes destinées.

Que vous dirai-je? Si l'on vous avait demandé votre vie, vous l'auriez offerte sans balancer : eh bien, la patrie demande quelquefois des sacrifices d'un autre genre et non moins héroïques, peut-être précisément parce qu'ils n'ont rien de solennels, et qu'ils ne sont pas rendus faciles par les jouissances de l'orgueil. Aimer et servir, voilà votre rôle. Souvenez-vous-en, et oubliez tout le reste. Comment pourriez-vous balancer? vos ancêtres ont promis pour vous. »[1]

Tout est dit en substance : chaque sujet doit se changer lui-même pour devenir toujours meilleur sujet, et à l’instinct, qu’il ne faut pas reléguer au second plan, il faut aussi donner la force de la raison ; ces deux piliers là, rien ne saurait renverser ce roc de sublime. L’appel aux ancêtres, à la fidélité, à la restauration de l’antique, l’amour du souverain absolu et sans attente de retour : « Aimez le souverain comme vous devez aimer l'ordre, avec toutes les forces de votre intelligence ; s'il vient à se tromper à votre égard, vengez-vous par de nouveaux services ».

Oui, aimer et servir comme le Christ, dans l’universalité divine de l’humanité.

AIMER ET SERVIR VOILA NOTRE RÔLE A TOUS !

 

[1] Lettres d'un royaliste savoisien à ses compatriotes; Lausanne-, 1793-94.- Joseph de Maitre, Conisdérations sur la France

Ibid, p.XXVIII et sq.

 

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