Avant les Pahlavi, les Kadjars … que sont-ils devenus ?

Dynastie fondatrice de la Perse moderne, les Kadjars vont perdre peu à peu leur indépendance face à un Occident colonialiste qui entend se partager les ressources d’or noir dont regorge le sol de cette partie de l’ancienne Mésopotamie.  Finalement renversée par le premier ministre Reza Khan en 1925, les membres de la famille impériale doivent prendre le chemin de l'exil. A l’heure où le nom de la dernière dynastie impériale, les Pahlavis, est cité dans les manifestations contre le régime des mollahs,  que sont donc devenus ces Kadjars qui ont régné sur la Perse durant presque deux siècles ?

Pas moins de 7 Shahs vont se partager le trône du Paon entre 1786 et 1925. C’est un turcoman eunuque, Agha Mohammad Khan, qui s’empare du pouvoir, destitue le roi Séfévide et se révèle rapidement un véritable chef de guerre tout aussi expansionniste que ses prédécesseurs. Un homme qui en dépit de sa  grande piété, remplaça le plaisir inconnu avec les femmes par celui plus concret des sévices en tout genre sur ses ennemis et qui firent sa réputation. Avant lui-même d’être assassiné en juin 1797, à 55 ans,  par deux de ses valets qu’il avait outrageusement puni de mort mais qu’il avait eu la faiblesse de laisser en liberté. Avec une dynastie inaugurée dans le sang, son neveu et successeur Fath Ali Shah (1797-1834) est rapidement menacé par l’impérialisme russe et décide de négocier une alliance entre 1807 et 1809 avec Napoléon Ier qui voit là une nouvelle route ouverte pour s’emparer des Indes britanniques (traité de Finckenstein).

C’est d’ailleurs la deuxième fois que la France recevait une ambassade venue de Perse après celle sous Louis XIV et qui avait alimenté  tous les fantasmes orientaux des sujets du roi6soleil avant d’inspirer plus tard à Voltaire, son fameux « Zadig ».  Le Premier Empire enverra même des officiers former l’armée persane qui se distinguera contre les russes à la bataille d’Erevan en novembre 1808. Une ambassade est établie dans chacune des capitales respectives des deux pays, une à Paris, une autre à Téhéran devenue première ville du pays sous Agha Mohammad Khan. Mais si cette alliance ne produira pas les effets escomptés, elle donne naissance à une amitié entre les deux pays qui trouvera son apogée au XXème siècle. 

Retour aux arts persans, Fath Ali Shah impose une étiquette au sein du palais royal mais maintient la règle du Harem. Ses portraits sont diffusés dans les grandes cours d’Europe, la Perse rayonne en ce milieu de XIXème siècle.

L’arrivée au pouvoir de son petit-fils en 1834, Mohammed Shah, grâce à l’influence des conseillers de Fath Ali Shah, est aussi synonyme de perte de puissance des empereurs perses. Son règne de 6 ans sera marqué autant par sa faiblesse que l’apparition de la secte religieuse shiite du babisme. Volontiers mécène, Nasser-al-Din Shah (1831-1896) succombe aux charmes de l’Europe et se targuera d’être le premier souverain à avoir été nommé chevalier de l’Ordre de la Jarretière avant de vendre des terrains à des industries britanniques. En mai 1896, il est assassiné par un membre du salafisme naissant dont les racines vont bientôt déchirer le siècle suivant. Pas plus que son père, Mozzafar-al-Din Shah (1853-1907) ne saura restaurer l’autorité impériale malmenée par une révolution qui lui impose d’accepter une constitution en 1906 et où seul le pouvoir du clergé se retrouve réellement renforcé pour trouver son apogée lors de la révolution islamique. Son fils Mohammad Ali Shah (1872-1925), irrité par ce parlement (Majlis) qui remet en cause ses décisions tentera vainement de restaurer un pouvoir qui avait entamé son lent mais certain déclin vers sa chute finale.

Le pays est au bord de la guerre civile, les russes et les anglais ont pénétré dans le pays sous le prétexte fallacieux de protéger leurs ressortissants, le pouvoir vacille sous les coups d’une révolution forçant Mohammad Ali Shah à signer son abdication. Le nouveau souverain, Ahmad Shah, n’a que 11 ans. La première guerre mondiale sera le linceul de la dynastie, manipulée par les grandes puissances européennes de l’Entente. Commandant l’unité des Cosaques, Reza Khan (1878-1944) est très populaire et reçoit un soutien non négligeable des anglais qui le font nommer ministre de la guerre en 1921 puis au poste de premier ministre en 1923. La montée de ce général, qui voit en Mustapha Kémal un héros des temps modernes, semble inéluctable vers la plus haute marche du trône.

Profitant d’un voyage du shah en Europe, il prononce sa destitution le 31 octobre 1925. Ayant songé à proclamer une république, le clergé le convainc de ceindre finalement la couronne vacante. Une nouvelle dynastie est née et dirigera le pays jusqu’à la révolution de 1979.

Exilés, les Kadjars s’installent à Paris, à l’hôtel Majestic. La tuberculose ronge Ahmad Shah qui ne quittera plus l’hôpital en 1928. Peu intéressé par les affaires du pays, il regrettait simplement que le nouveau pouvoir ne l’ait pas laissé vivre dans son palais. Pas plus lui que son frère et successeur en 1930, Mohammad Hassan Mirza (1899-1943), ne furent une menace pour les Pahlavis.  Après la mort d’Ahmad Shah, les Kadjars conservent toutefois un pied dans la nouvelle monarchie sans y avoir d’influence quelconque. Afin d’être proche du pouvoir, Reza Khan avait épousé une princesse Kadjar en 1922 (avant de s’en débarrasser un an plus tard), mère du prince Gholam Reza Pahlavi (1923-2017). Ils s’installent à Londres. Sultan Hamid Mirza (1918-1988) incarne alors les espoirs des Kadjars alors qu’éclate la seconde guerre mondiale. Le prince tente d’intégrer la Royal Navy à diverses reprises avant d’obtenir enfin une autorisation, en 1942. Le ministère des Affaires étrangères suit de près le prince qui se retrouve involontairement au milieu de tractations secrètes. L’alliance de l’Iran et de l’Allemagne gène considérablement le Royaume-Uni qui pense à restaurer un Kadjar après avoir forcé Reza Shah à l’exil en 1941. Bien qu’il soit cultivé, raffiné et anglophile, le prince Sultan Hamid Mirza souffre de ne pas parler le persan. L’idée sera abandonnée aussi vite qu’elle avait été concoctée dans les bureaux du Foreign Office.

Ce n’est qu’en 1957 que le prince Sultan Hamid Mirza est autorisé à revenir en Iran. Le pays vient de vivre « l’expérience Mossadegh. » Ce dernier est le fils d’une princesse Kadjar, opposant au régime des Pahlavi  et le leader du Front national Iranien. Férocement nationaliste, nommé premier ministre en 1951, il décide la nationalisation des entreprises européennes. Un véritable coup de force qui le rend populaire et menace le pouvoir de Mohammed Reza Shah, le fils du premier souverain de la dynastie. Un conflit entre les deux hommes (1952) tournera à l’avantage du premier ministre qui oblige le souverain à quitter le pays précipitamment après avoir repris son poste initial. Il faudra l’intervention des américains pour que le Shah retrouve son trône (1953) mais qui l’inféodera totalement à Washington tout en l’obligeant à durcir son régime.

Surveillé par la SAVAK, la police du Shah, le prince  Sultan Hamid Mirza est plusieurs fois arrêté après avoir osé prendre position contre le régime impérial. Obligé de quitter le pays en 1971, c’est depuis Londres qu’il assistera à l’avènement de l’Ayatollah Khomeiny. Décédé en 1988, c’est son fils Mohammed Mirza II (né EN 1949) qui assure aujourd’hui l’héritage défunt de la dynastie. Ce père de 3 enfants, qui insiste pour porter le titre de chef de la maison impériale,  réside actuellement au Texas et s’est toujours refusé à se mêler de politique.

En 1999, divers membres de la famille impériale se sont réunis au sein d’une association (The Shajarehnameh Project) afin de faire connaître la culture et l’héritage de la dynastie des Kadjars. Chaque année, ils organisent un congrès qui rassemble la majeure partie de cette survivance impériale dont le nom appartient désormais aux pages de l’histoire perse.

Et si certains descendants (notamment de la lignée de Fath Ali Shah), qui ironiquement cousinent à divers degrés avec les Pahlavis, ont contribué à participer à la construction du régime des mollahs d’autres ont donné de grands noms contemporains à la littérature ou au cinéma.

Frederic de Natal

Liens internet : 

http://www.qajarfamilyassociation.org/

http://www.qajarpages.org/qajdyn.html

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Caricature du 4 novembre 2017
« La république des privilégiés »

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