Les combats de Louis XX pour l’unité nationale et la famille (partie 2/3)

Crédit photo : EFE

Deuxième article sur la série de 3 sur les interventions du Roi lors de l'été 2018.

Le 15 juillet 2018 : Louis XX célèbre la réconciliation nationale à l’issue de la Guerre civile espagnole

Rappel historique

Dans l’Espagne du roi Alphonse XIII, les élections municipales du 12 avril 1931 voient se dégager une majorité antimonarchistes dans plusieurs grandes villes. Alors même que les résultats de l’Espagne rurale — majoritaire et traditionnellement monarchiste — ne sont pas connus, la Seconde République espagnole est proclamée le 14 avril 1931 ; coup d’État qui contraint le Roi à s’exiler. Comme dans toutes les révolutions, les putschistes sont immédiatement contestés par des révolutionnaires encore plus radicaux, et le pays s’enfonce alors dans la spirale infernale des grèves et des représailles. Le champ politique devient le terrain d’affrontement des idéologies libérale, socialiste, communiste, anarchiste et fasciste. Pour imposer leur vision de l’humanité, celles-ci se nourrissent de la peur, de l’instrumentalisation des mécontentements — parfois légitimes — et de l’exacerbation des passions, sans aucun souci de paix et de bien commun. Ces terribles années, on assiste à un essor du mouvement révolutionnaire fasciste qui emporte la majorité relative à plusieurs élections. Craignant l’établissement d’une dictature fasciste, soudainement les partis de gauche ne sont plus démocrates : ils choisissent la stratégie de l’affrontement avec force grèves générales et occupation de la rue par les milices. Ces dernières s’illustrent par des assassinats de civils, et en particulier d’innombrables prêtres, religieux et religieuses, jusqu’aux jeunes filles coupables d’appartenir à des mouvements catholiques. En réaction, des milices monarchiste (les Requêtes carlistes) et fasciste (la Phalange) s’organisent séparément. Après tant de crimes, le cycle des représailles est inévitable : l’ordre public n’est plus assuré et l’État impuissant. Désormais deux Espagne(s) se font face, qui se haïssent, et sont séparées par une rivière de sang. Aux élections de février 1936, sur fond d’abstention massive et de violences, grâce à une fraude importante les partis socialistes, communistes et anarchistes — rassemblés en un Front populaire — obtiennent une très courte majorité relative (34,3 % des voix contre 33,2 % pour la coalition centre-fasciste). Le 13 juillet 1936, l’assassinat du monarchiste Calvo Sotelo met le feu aux poudres. C’en est trop ! des généraux Sanjurjo, Mola, Goded, Fanjul, et plus en retrait, Franco, se rebellent. Non sans difficultés, ils rallient les Requêtes carlistes et la Phalange, ainsi que deux généraux républicains Gonzalo Queipo de Llano et Niceto Alcala Zamora. Le soulèvement débute le 17 juillet au Maroc espagnol où Franco prend le commandement des troupes et essaye désormais d’établir la jonction avec les forces carlistes qui contrôlent le Nord de l’Espagne. La guerre s’engage et s’internationalise :

  • les Républicains reçoivent de l’aide matérielle de l’Union soviétique et une aide numérique grâce aux Brigades internationales.
  • les Nationaux reçoivent une aide matérielle de l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie.

Notons que cette aide est acceptée par les Nationaux de façon purement opportuniste, et elle ne sera suivie d’aucun engagement dans la 2 Guerre mondiale. En effet durant ce dernier conflit, l’Espagne de Franco victorieux restera neutre et ne songera qu’à panser ses plaies. Pareille attitude exaspérera un Hitler révolutionnaire qui fulmine le 7 juin 1942 :

il s’agira de liquider ce régime soumis aux curés [...] Les curés et les monarchistes — les mêmes ennemis mortels de notre propre soulèvement national — se sont ligués pour s’assurer le pouvoir. Si une nouvelle guerre civile devait éclater en Espagne, il ne faudrait pas s’étonner que les Phalangistes fussent obligés de faire cause commune avec les Rouges — afin de mettre au pas la réaction[1].

Les historiens s’accordent sur le fait que Franco n’appartient ni à la Phalange fasciste (qu’il s’ingéniera à rendre inoffensive) ni aux Requêtes carlistes monarchistes : il ne noue avec eux qu’une alliance conjoncturelle. Dans un premier temps républicain — ne termine-t-il pas son discours du 21 juillet 1936 par vive l’Espagne et vive la République ! —, ce militaire soucieux de restaurer l’unité de son pays, n’entreverra de solution à long terme que dans le rétablissement de la Monarchie.

Malheureusement, si la guerre prend fin le 1 avril 1939, les représailles contre les vaincus perdureront longtemps avec leur cortège d’exécutions sans jugement, ce qui flétrira durablement l’aura du général Franco victorieux. Dans une vision prophétique, Bernanos résume ainsi l’horreur de la guerre civile nourrie par les idéologies et l’étranger, telle qu’il l’a vécue dans les rangs des Républicains :

La tragédie espagnole est un charnier. Toutes les erreurs dont l’Europe achève de mourir et qu’elle essaie de dégorger dans d’effroyables convulsions viennent y pourrir ensemble... Un tel cloaque, image de ce que sera demain le monde[2]...

Le général Franco n’était certainement pas sans reproches, mais ce qui est sûr, c’est qu’au regard des événements, il a compris ce qui fait un pays. Il a compris qu’une dictature militaire interdisant les partis empreints d’idéologies ennemies et diviseurs, n’est qu’une digue, un artifice passager pour empêcher les gens de s’étriper. En effet, le Caudillo savait l’extrême faiblesse institutionnelle de son régime qui ne pouvait survivre à sa mort. Logiquement, il a restauré le seul régime politique naturel susceptible de pérenniser l’Espagne malgré ses plaies, le seul capable d’éviter le bain de sang de l’affrontement idéologique, le seul en mesure de réaliser l’unité dans l’amour, celui du Roi. Aussi, voyant venir sa fin, a-t-il restauré la Monarchie en la personne du roi Juan Carlos. Célébrons la mémoire de Franco pour cet acte, même si le roi désigné ne s’en est pas montré digne en abandonnant le régime proprement monarchique de conseil pour celui démocratique d’opposition et de divisions idéologiques[3].

Après une guerre civile, la seule solution est l’oubli imposé des offenses, des crimes et des horreurs. En effet, dans les moments de désordre, l’homme se révèle pire qu’une bête : n’est-il pas un animal politique ? Sans une autorité politique, que lui reste-t-il en propre ? Les passions se déchaînent et chacun est soumis à la loi du plus fort immédiat. Tout à l’opposé, la bonne attitude consiste en la célébration des belles actions et des belles figures dans un camp ou dans l’autre, afin que les générations futures s’approprient ce qu’il y a de mieux dans l’humanité pour continuer l’édification du Pays. Voilà pourquoi les légitimistes français revendiquent l’héritage, à la fois de leurs frères carlistes, mais aussi ceux de Bernanos ou de la philosophe Simone Weil (au moins en partie), qui se trouvaient pourtant dans les Brigades internationales aux cotés des Républicains lors de cette guerre épouvantable.

Le contexte

De plus en plus limités dans leurs pouvoirs régaliens par l’Europe, les gouvernements nationaux s’efforcent de donner aux électeurs l’illusion de leur puissance en axant leurs politiques sur le plan sociétal et symbolique. Aussi le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez — sans majorité au Parlement espagnol — espère-t-il s’étoffer et susciter une mobilisation autour de lui en déterrant les vieilles rancunes : translater les cendres de Franco de la Valle de los Caïdos, ce sanctuaire où reposent 35000 combattants des deux camps. En effet le roi Juan Carlos avait souhaité y enterrer aussi le Caudillo pour tourner symboliquement et une fois pour toute la page de cet épisode tragique de l’histoire espagnole. Ainsi le gouvernement actuel de Madrid est-il prêt à prendre le risque de ranimer les braises de la Guerre civile à seule fin d’asseoir son idéologie, montrant par là à tous l’intérêt qu’il porte au bien commun et à sa condition indispensable : l’unité.

Un pèlerinage national pour s’opposer au projet du gouvernement

Le 15 juillet 2018, Louis XX — qui est aussi l’arrière petit fils du Général Franco — répond à l’appel du Mouvement pour l’Espagne en participant avec plusieurs milliers de personnes à une manifestation contre l’exhumation de la dépouille de son aïeul. Cette association avait en effet appelé à un pèlerinage national contre l’exhumation et à une messe dans la basilique del Valle pour défendre le fait que le franquisme « n’est pas résiduel et que la moitié de l’Espagne ne veut pas que Franco soit exhumé ni que la Valle de los Caidos soit profanée et volée». Évidemment, ce type de manifestation ouverte attire une foule bigarrée souhaitant défendre l’Espagne contre sa disparition dans le magma informe et délétère de l’Union européenne. Aussi en tant que légitimistes français ne peut-on que déplorer la confusion engendrée par la présence en même lieu de Louis XX avec les bras tendus en salut fasciste des nostalgiques de la Phalange, celle-là même que Franco avait réussi à dompter et à rendre inoffensive.

Les déclarations du Prince

Les déclarations que le Prince fait aux journalistes lèvent cependant toute ambiguïté :

Je suis venu pour prier pour l’Espagne et rendre hommage à ceux qui sont morts pendant la guerre civile. Pour cette raison, je viens sans tendance politique, seulement pour défendre ce monument, qui est un monument chrétien[4].

La Vallée des morts est un monument de réconciliation et de prière. Dimanche dernier, nous avons répondu en famille à un appel qui semblait très opportun, de prier pour l’avenir et l’unité de l’Espagne. Je voulais emmener mes enfants, à qui j’essaie d’inculquer les valeurs auxquelles je crois et qui m’ont été transmises. De même, des milliers de personnes venues de toute l’Espagne, y compris de l’étranger, ont prié pour la paix, la réconciliation et le respect entre les Espagnols[5].

Cette immense Croix représente la réconciliation des deux Espagnes. Il n’y avait qu’une Espagne qui a progressé avec bonheur, fière de son passé et pleine d’espoir pour son avenir. Mais le ressentiment nous conduit encore une fois à éveiller les haines rances. L’histoire condamnera celui qui profanera ce grand Temple, non pas à cause de la taille de la croix, mais à cause de l’étreinte fraternelle qu’elle représente, accueillant sous ses bras un seul peuple réconcilié. Il n’y a pas d’autre chemin et nos parents le savaient[6].

Notons que le Duc d’Anjou était le seul membre de la famille royale à cette manifestation et Juan Carlos ne s’est même pas manifesté, or c’est pourtant à Franco que ce dernier doit sa couronne. En effet, contrevenant à la coutume qui désignait le prince Alphonse — père de Louis XX — comme roi d’Espagne, le Caudillo lui a préféré Juan Carlos. Cette décision a surpris nombre d’Espagnols, et il n’est pas surprenant d’entendre la foule du 15 juillet crier à Louis XX : Eres nuestro rei (Vous êtes notre roi !) Les précisions ci-dessus expliquent sans doute le silence d’un Juan Carlos plus enclin à revendiquer une légitimité pour avoir instauré un gouvernement démocratique, que de la reconnaître comme le choix personnel du vieux dictateur.

Marc Mabblavet

[1]    Adolf Hitler, «Libres propos sur la guerre et la paix, recueillis sur l’ordre de Martin Bormann», Éd. Flammarion, Col.  Le temps présent , Trad. François Genoud, Paris, t. 2, p.155, 156.

[2]    Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune, 1938.

[3]    Sur la différence entre le gouvernement par conseil et le gouvernement d’opposition, voir l’article sur www.viveleroy.fr : «Du gouvernement représentatif, par Louis de BONALD».

[4]    Source : 5TeleCinco, «Luis Alfonso de Borbón : Defendemos el Valle de los Caídos porque es un monumento cristiano», 20/07/2018.

[5]    Source : The Luxonomist, «Luis Alfonso de Borbón : El Valle de los Caídos es un monumento de reconciliación y oración», 20/07/2018.

[6]    Source : compte Instagram de Louis XX (luisalfdeborbon), https://www.instagram.com/p/BlVb9L3jp5o/.

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